Le rendez-vous manqué de Marie-Antoinette/L’entrevue de Saint-Cloud – Harold Cobert

"- Je me suis toujours méfiée des livres, comme de ceux qui en écrivent d’ailleurs…
Elle reste un instant songeuse, avant d’ajouter:
- Le dérèglement de leur imagination et celui qu’ils inspirent sont souvent dangereux…"

"L’Assemblée donne raison à Mirabeau. lorsqu’il se rassoit dans l’hémicycle, il se penche vers son fidèle collaborateur Dumont et lui glisse à l’oreille, en désignant l’inconnu:
- Il ira loin, il croit tout ce qu’il dit.
L’homme en question, favorable à des mesures d’exception pour faire face à des circonstances exceptionnelles, est député d’Arras, et se nomme Maximilien Robespierre."

"Marie-Antoinette fixe l’horizon avec un demi-sourire à la fois fasciné et effrayé.
- C’est diabolique !
Mirabeau fait un pas de côté et croise les mains derrière le dos.
- Non, Votre Majesté, c’est …
politique!"

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La quatrième
3 juillet 1790. Alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, Marie-Antoinette rencontre secrètement Mirabeau à Saint-Cloud. Ces quelques heures suffiront-elles au comte libertin pour modifier le cours de l’Histoire ? Car, paradoxalement, un seul désir anime l’orateur du peuple, l’élu du tiers état, celui de sauver le trône. Déployant toute son éloquence, le redoutable tribun saura-t-il rallier la reine à ses convictions ? Ce livre a précédemment été publié aux éditions Héloïse d’Ormesson sous le titre L’Entrevue de Saint-Cloud.

Verdict: La petite marchande de prose
Au départ j’ai eu un peu de mal, non pas par l’écriture qui est fluide mais par le rappel en mémoire des différents acteurs de la révolution française. Plus étudié depuis l’école, il ne m’a pas été aisé de remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre : c’était du style, "punaise c’est qui celui là déjà!" Mais petit à petit cela s’est éclairci et j’ai pris plaisir à en savoir plus sur cette rencontre entre Marie-Antoinette et Mirabeau, les dessous de la révolution et la réalité qui en a découlé.
Un texte qui trahit la passion d’Harold Cobert pour le personnage de Mirabeau (sujet de sa thèse), qu’il partage avec nous.
Un livre à lire que vous soyez passionné d’Histoire ou non.

Le rendez-vous manqué de Marie-Antoinette/l’entrevue de saint-cloud, harold cobert, 2010, le livre de poche, 162 p., isbn 9782253161707

Pars vite et reviens tard – Fred Vargas

"Chez les Le Guern, on est peut-être des brutes, mais on n’est pas des brigands !"

"Je me demande si… les humains exposés aux fracas de la vie ne subissent pas la même érosion. Disparition des parties tendres, résistance des parties coriaces, insensibilisation, endurcissement. Au fond, une véritable déchéance."

"Qui dit superstition dit crédulité, continua Decambrais, lancé. Qui dit crédulité dit manipulation et qui dit manipulation dit calamité. C’est la plaie de l’humanité, elle a fait plus de morts que toutes les pestes entassées."

9782290349311FSLa quatrième
Ce sont des signes étranges, tracés à la peinture noire sur des portes d’appartements, dans des immeubles situés d’un bout à l’autre de Paris. Une sorte de grand 4 inversé, muni de deux barres sur la branche basse. En dessous, trois lettres : CTL. A première vue, on pourrait croire à l’œuvre d’un tagueur. Le commissaire Adamsberg, lui, y décèle une menace sourde, un relent maléfique. De son côté, Joss Le Guern, le Crieur de la place Edgar-Quinet, se demande qui glisse dans sa boîte à messages d’incompréhensibles annonces accompagnées d’un paiement bien au-dessus du tarif. Un plaisantin ou un cinglé ? Certains textes sont en latin, d’autres semblent copiés dans des ouvrages vieux de plusieurs siècles. Mais tous prédisent le retour d’un fléau venu du fond des âges…

Verdict: La petite marchande de prose

Depuis le temps que l’on me conseillait de lire un Fred Vargas, ça y est je me suis lancée.
J’ai découvert par la même occasion que Fred Vargas était une femme, je ne sais pourquoi je m’étais imaginé l’inverse, le côté polar surement.

Cela m’a fait beaucoup de bien de lire un policier, ça change un peu mes habitudes.  J’avoue que j’ai été séduite par les personnages, particulièrement le crieur de rue, breton, Joss Le Guern, mais aussi par Hervé Decambrais, personnage cultivé, bien plus que par Jean-Baptiste Adamsberg, policier  à la mémoire douteuse qui utilise des moyens mnémotechniques pour reconnaitre les gens.

J’ai été emmenée dans cette enquête au sein de Paris, où des criminels tuent à l’aide de la peste des victimes  qui semblent désignées. Mais s’agit-il bien du bacille de la peste ? Qui est l’auteur de ces meurtres ?  Un polar qui m’a dépaysé.

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, 2001, J’ai lu, 346 p., ISBN 9782290349311

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Challenge A tous prix
de Laure

Challenge ô vieillesse ennemie

Première ! – Marc Quentin Szwarcburg

"Comme j’aimerais plutôt changer de cerveau. Tout effacer et reprendre la partie du début."

"Cette voiture est le symbole de l’absurdité de ma vie : brillante, inutile et largement surévaluée."

"Il me fit passer pour la dernière des cruches en me coupant sèchement, sur de lui : "Non, pour qu’une personne ressente le besoin de se cacher dans la lumière des projecteurs, c’est qu’il y a chez elle une déchirure plus profonde… lorsqu’on est équilibré, on n’a pas besoin de quémander à la terre entière : s’il vous plait, aimez-moi !"

"Pour ne pas jouer, il faut être mort, et encore…"

 9782350872179FSLa quatrième
Comment les comédiens s’occupent-ils à l’aube d’une première ? Daniel Barbane, star du grand écran, a une vision très paradoxale de la situation : il préférerait se faire briser les jambes ou orchestrer son propre enlèvement que de se produire au théâtre ce soir-là.
Quant à Catherine Cousin, sa non mais célèbre partenaire, elle donnerait tout, en revanche, pour monter sur les planches. Mais on programme – de rencontres en arnaques, de rendez-vous en déconvenues – ne s’annonce pas de tout repos.
Seul Gérard, éternel second rôle, vaque à ses occupations : ce n’est pas pour quatre répliques qu’il va s’angoisser.

Le rideau va bientôt se lever, la pression monte. A l’issue d’une folle journée où s’enchainent force sketches, est-ce que tout  le monde sera de la partie ?

Verdict: La petite marchande de prose

Recommandé par Harold Cobert lui-même lors de la foire du Livre de Limoges, en même temps :

  1. C’est un de ses amis
  2. Ils étaient assis côte à côte
  3. Je suis faible (pour refuser d’acheter des livres, j’entends)

Une lecture distrayante sur les coulisses du théâtre. L’auteur décrit les envies, les vocations et les désenchantements du métier d’artiste, ici, comédien. Tout y passe, celle qui a tout perdu et s’accroche à ses rôles comme à des bouées de sauvetage, celui qui rêve de réussir mais à 60 ans n’a toujours pas donné le coup de pied salvateur pour aller vers son but, celui qui a fait le tour du métier et n’y trouve plus de plaisir, le jeune premier, l’agent …

Marc Quentin Szwarcburg nous pousse à tirer sur la ficelle et la pelote qui en découle est pleine de nœuds où tout se mélange, mettant en évidence la réalité du milieu : le personnage et l’individu , l’imaginaire et le réel, le professionnel et le privé, des amours tumultueuses à en perdre son latin.

Un seul bémol dans mon avis, j’ai malheureusement compris dès les premières pages comment allait se terminer le livre, cette évidence a un peu gâché ma lecture mais un premier roman n’est jamais parfait…

Première !, Marc Quentin Szwarcburg, 2013, Heloise d’Ormesson, 215 p., ISBN 9782350872179

La femme de nos vies – Didier Van Cauwelaert

"Carpe diem, Marianne. Devise des épicuriens. « Cueille le jour », mais pas pour en faire des confitures. Pour le consommer, là, tout de suite. Manger le fruit sur l’arbre. C’est tellement plus sûr. J’emploie votre langage, voyez. Vous avez besoin de certitude. Mais le bonheur est la seule certitude, dans la vie."

"Si vous deviez me le décrire en une phrase, vous me diriez ? "Il a un problème. » C’est bien vous, ça. Pourquoi me répondez-vous d’emblée par du négatif ? Je vous demande ce qui le caractérise. Dites-moi : il est brun, il est grand, il est vierge ascendant Lion, musulman converti au bouddhisme, il y a des mains de pianiste, des épaules de bûcheron, il y aime le jazz alternatif, la position du missionnaire et les chaussures anglaises tout ce qu’on remarque en premier chez un homme, non ? C’est vous qui voyez. Elle est assez révélatrice, d’ailleurs, votre prononciation. Vous dites : preublème. Vous employez le mot si souvent, dans votre bouche, si s’est poli comme un galet."

"Oh si, je vois très bien quelles sont vos priorités. Le sacrifice, en premier lieu. Le sacrifice considéré comme un investissement. Ne pas s’autoriser de récréations tant qu’on n’est pas allé au bout de son projet, de sa mission, car nos adversaires n’attendent qu’un faux pas de notre part pour nous écraser, et le bonheur est un faux pas, alors rendons-nous malheureux pour être plus fort et ne pas risquer de trébucher. Réussir d’abord."

 9782226246868FS

La quatrième
Elle m’a sauvé la vie en m’offrant le plus fascinant des destins. J’avais quatorze ans, j’allais être éliminé en tant qu’attardé mental, mais grâce à elle on m’a pris pour un génie précoce. J’étais gardien de vaches, et je suis devenu le bras droit de plusieurs prix Nobel. Je lui dois tout : l’intelligence, l’idéal, l’insolence, la passion. Cette héroïne de l’ombre, d’autres l’ont fait passer pour la pire des criminelles.
Je viens enfin de retrouver sa trace, et je n’ai que quelques heures pour tenter de la réhabiliter.

Verdict : La petite marchande de prose

Découvert sur le blog de L’œil qui fume, je me suis plongée dans ce livre avec délectation. Didier Van Cauwelaert m’a surprise par l’écriture. En effet, la narration tout au long du livre est celle du héros, il parle, reformule les propos des autres mais jamais n’apparait aucun dialogue.  Ce monologue est son point de vue, sa façon de voir les choses.

David Rosfeld rencontre Mariane Le Bret au chevet de sa grand-mère mourante. Il prend la décision de lui raconter la vie de cette femme qui l’a sauvé enfant. Mais elle ne veut rien savoir d’elle, cette ancienne nazi ne rentrera pas dans sa vie ! C’est sans compter sur la détermination de David et sa façon bien à lui de révéler le passé.

Un récit que l’on ne peut lâcher, une bonne surprise. Nous allons de découvertes en découvertes. Passant par la réalité de la mort, l’eugénisme, l’amour, la science, le sacrifice, le nazisme, les secrets et l’humour, ingrédients d’un mélange rendant la lecture addictive, mais que s’est-il vraiment passé ? Qui était véritablement la grand-mère de Marianne ?

Au-delà de l’imagination de l’auteur, le nombre de personnages et de faits réels rendent authentique l’histoire, on en ressort un peu perdu. Et si…

La femme de nos vies, Didier Van Cauwelaert, 2013, Albin Michel, 293 p., ISBN  9782226246868

Challenge ô vieillesse ennemie

Un secret – Philippe Grimbert

"Un "m" pour un "n", un "t" pour un "g", deux infimes modifications.
Mais "aime" avait recouvert "haine",
dépossédé du "j’ai" j’obéissais désormais à l’impératif "tais"."

"Il fallait bien qu’un jour ou l’autre son fantôme apparût dans cette brèche, qu’il surgit de ces confidences. Ma découverte du petit chien de peluche l’avait arraché à sa nuit et il était venu hanter mon enfance. Sans ma vieille amie, peut-être n’aurais-je jamais su. Sans doute aurais je continué à partager mon lit avec celui qui m’imposait sa force, ignorant que c’était avec Simon que je luttais, enroulant mes jambes aux siennes, mêlant mon souffle au sien et finissant toujours vaincu. Je ne pouvais pas savoir qu’on ne gagne jamais contre un mort."

9782253117186FS

La quatrième
Souvent les enfants s’inventent une famille, une autre origine, d’autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s’est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu’il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas… Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c’est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu’il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l’Holocauste, et des millions de disparus sur qui s’est abattue une chape de silence. Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La Petite Robe de Paul. Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d’émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l’exploration des secrets à l’œuvre dans nos vies.

Verdict : La petite marchande de prose

Un livre sur un secret de famille. Que se cache-t-il derrière ce frère imaginaire ?

Un sublime roman sur ce qui peut (dé)construire une identité. Comment dans des circonstances aussi particulières que celles de la deuxième guerre mondiale peut pousser des individus à faire des choix complexes.

Un texte introspectif, où l’analyse est au premier plan. Son auteur, psychanalyste, vient nous expliquer d’où il vient. Un témoignage pudique face à son histoire où se mêle confusion, souffrance et sacrifice.

La construction du livre est celle d’une enquête, il renvoie grâce à cette technique au vécu de la psychothérapie où la recherche d’éléments qui s’emmêlent mène petit à petit à une vérité.

Ce livre est une tragédie, douloureuse par sa réalité. Il ne peut laisser indifférent.

Un secret, Philippe Grimbert, 2006, Le livre de poche, 185 p., ISBN 9782253117186

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Challenge A tous prix
de Laure

La Mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

"J’ai connu moi aussi, plus d’une fois, la douleur de la perte. Je sais le voluptueux vertige qu’elle procure. Il faut te faire violence et déposer le masque de pleurs à tes pieds. Ne cède pas à l’orgueil de celui qui a tout perdu."

"Il avait trouvé le lieu de sa mort. Il devait en être ainsi pour chaque homme. Chacun avait une terre qui l’attendait. Une terre d’adoption dans laquelle se fondre."

"Lorsque le combat cessa et que les deux armées remontèrent dans les collines, défaites, épuisées, trempées de sang et de sueur, on eût dit qu’elles avaient accouché, dans la plaine, d’une troisième armée. Une armée immobile. Allongée face contre terre."

 9782253108610FSLa quatrième
Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint ; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor. Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte.

Verdict: La petite marchande de prose

Un texte superbement écrit. J’apprécie beaucoup le style de Laurent Gaudé découvert il y a peu dans Pour seul cortège.
Dans ce récit, le roi Tsongor a conscience de ce qui va se jouer lors du mariage de sa fille. Les conséquences vont être désastreuses. Il décide de tout, donne des missions et pense changer le cours de l’histoire en se donnant la mort. Mais entre clairvoyance et le souhait de maitrise ce n’est pas si évident. Un déchirement sans fin va s’abattre sur son peuple.

Dans le même temps, son plus jeune fils sera contraint à l’exil pour construire les sept tombeaux qui pourront accueillir son père.

Une histoire cruelle où honte, solitude, fidélité,  tristesse, gloire, choix et destins sont liés. Un livre où le monde des morts côtoie celui des vivants, témoignant de la dévastation en train de se produire. J’ai hâte de découvrir d’autres livres de cet auteur.

La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé, 2002, Le livre de poche, 220 p., ISBN 9782253108610

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Challenge A tous prix
de Laure

Challenge ô vieillesse ennemie

La pluie, avant qu’elle tombe – Jonathan Coe

"Que c’est difficile de t’expliquer tout ça dans le bon ordre ! Comme d’habitude, je suis censée te décrire une photo, et je te raconte tout pèle-mêle. Mais peut-être qu’il n’y a pas d’ordre, après tout. Peut-être que l’ordre naturel des choses, c’est le chaos et l’aléatoire. Je ne suis pas loin d’en être convaincue."

"Tu comprends, ça n’existe pas la pluie, avant qu’elle tombe. Il faut qu’elle tombe, sinon ça n’est pas la pluie. C’était un peu ridicule de vouloir expliquer ça à une enfant, et je regrettais de m’être lancée là-dedans. Mais Théa ne semblait avoir aucun mal à saisir le concept – bien au contraire: au bout d’un instant, elle m’a regardée avec pitié en secouant la tête, comme si c’était éprouvant pour elle de discuter de ces matières avec quelqu’un d’aussi obtus. "Bien sûr que ça n’existe pas, elle a dit. C’est bien pour ça que c’est ma préférée. Une chose n’a pas besoin d’exister pour rendre les gens heureux, pas vrai?"

"Et pourtant, quelquefois, les images qu’on retient, celles qu’on garde en mémoire, sont bien plus vives et bien plus précises que tout ce qu’un appareil peut immortaliser sur pellicule."

 9782070416967FS

La quatrième
Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S’appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd’hui, l’histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l’enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d’inscrire l’intime dans l’Histoire, l’obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s’il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave et le plus poignant.

Verdict : La petite marchande de prose

Oui, j’ai aimé être conviée à écouter ces cassettes : le témoignage de Rosamond. Elle raconte l’intime de l’histoire familiale à travers plusieurs générations de femmes. Comment l’horreur peut toucher une famille. Il s’agit de non-dit, d’amour, d’abandon dans un récit touchant.
Dans une description de photos choisies, la narratrice explique les tenants et les aboutissants de ce qui s’est joué afin qu’Imogen comprenne d’où elle vient et ce qui a pu la construire.
Comme Gill et ses filles, nous écoutons sans en avoir vraiment le droit, amenant le lecteur au voyeurisme. Cette particularité créé une lecture excitante par l’attrait que représente la curiosité afin de connaitre une vérité qui ne nous appartient pas. Une lecture émouvante et bouleversante …

Merci à Minou pour cette jolie découverte :)

La pluie, avant qu’elle tombe, Jonathan Coe, 2009, Folio, 267 p, ISBN 9782070416967

LC sapristi mais tu n'as jamais lu ce livre.Challenge ô vieillesse ennemie

Dix rêves de pierre – Blandine Le Callet

"Ci-gisent le frère et la sœur.
Passant, ne t’informe pas de la cause de leur mort, mais passe et prie Dieu pour leur âme."
Église Saint-Jean-en-Grève, Paris, 1603

"Maman, tu as semé la zizanie entre tes enfants.
Repose."
France, début du XXIe siècle

9782234074774FSLa quatrième
Certaines inscriptions funéraires possèdent un singulier pouvoir d’évocation ; leur lecture fait surgir le fantôme de personnes disparues depuis parfois des siècles. Blandine Le Callet réunit dans ce recueil des épitaphes authentiques, à partir desquelles elle imagine les dernières heures, les derniers jours ou les derniers mois du défunt. Elle ressuscite un jeune esclave à qui l’on vient d’offrir sa liberté, un philanthrope piégé dans l’étouffant huis clos d’un bordel parisien, deux êtres unis par un amour hors norme en route vers leur destin, une vieille dame acariâtre rédigeant son testament, et bien d’autres encore… Dix destins arrêtés par des morts douces ou violentes, subites ou prévisibles, solitaires ou collectives. Dix nouvelles tour à tour poétiques, féroces, tendres, dramatiques, nostalgiques ou grinçantes, dépeignant une humanité toujours assaillie par les mêmes passions, les mêmes peurs et les mêmes espoirs. Dix "rêves de pierre" pour conjurer l’oubli.

Verdict: La petite marchande de prose

Blandine Le Callet m’a surprise avec le thème du recueil de nouvelles qu’elle vient de publier, rien d’autres que des histoires issues d’épitaphes ! Des nouvelles où originalité, drame, étonnement voire fascination sont de mise. Prenez le temps de visiter ce livre avec la même curiosité que l’on peut avoir à rencontrer des témoignages dans un cimetière, avouez que vous avez vous aussi imaginé la vie des personnes disparues. Pas attirant me direz vous, et pourtant, ces histoires sont émouvantes, dix hommages de l’antiquité à nos jours qui prennent tout leur sens avec la dernière.

A lire assurément !

Dix rêves de pierre, Blandine Le Callet, 2013, Stock, 248 p., ISBN 9782234074774


Challenge « Lire sous la contrainte »
de Philippe
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Le jour où les chiffres ont disparu – Olivier Dutaillis

"C’est une sorte d’idéal dans ma pratique professionnelle : écouter, rester à l’affût, parler peu et, soudain, avoir la bonne parole au bon moment. Celle qui sera un déclencheur pour le patient."

"Mais nous avons du mal à me retenir d’interpréter, je sais bien. Cela nous rassure de plaquer du sens. Sinon, on est un peu perdus, nous les soignants. À quoi servons-nous si tout cela n’a pas de sens ?"

"Mes patients, au moins, se posent des questions sur le sens de leur vie, leur inadaptation au monde, la solitude, l’amour, la mort…"

"Elle m’a lancé avec un air moqueur :
- Alors, vous êtes la reine des abeilles !
- Pourquoi la reine des abeilles ?
- Elle sort pas de sa ruche, elle attend que les ouvrières lui rapportent le miel de la vie !"

9782226242938FS

La quatrième
"Pourquoi ? C’est très bien, le zéro ! Aucun chiffre n’est plus important ! " Il a fait l’éloge du zéro. Et j’en étais bouleversée. Car derrière les mots, il y avait cette manière délicate, indirecte, d’affirmer que je valais quelque chose." Anna, jeune musicienne talentueuse, interrompt brutalement sa carrière, paralysée par le trac. Un psychiatre lui révèle que son manque de confiance en elle vient d’un problème avec les chiffres.
Son diagnostic : mathématopathie aiguë. Anna choisit alors de s’en prendre aux chiffres eux-mêmes, coupables à ses yeux de réduire les individus à des numéros, de façonner un monde déshumanisé. Elle conçoit un grand projet pour combattre leur dictature. Un projet peut-être moins fou qu’on ne pourrait le croire.

Verdict : La petite marchande de prose

Une drôle d’histoire, drôle dans le sens d’étrange… Une description juste du monde psychiatrique et au travers du personnage d’Anna de la décompensation psychique. Cette jeune femme talentueuse va se focaliser sur les chiffres, par une hypermentalisation, les chiffres vont l’envahir, l’amenant à arrêter sa carrière de musicienne.

L’autre personnage principal, Simon, un psychiatre, va l’aider et essayer de la protéger des stéréotypes qui enveloppent ce milieu, l’incompréhension amenant à des dérives des policiers voire des civils.
Au-delà de l’évènement qui conduira Anna dans la violence et la folie, c’est un joli descriptif de l’intérêt d’être soignant dans la santé mentale. L’auteur évoque la compréhension de la souffrance de l’autre et l’importance de l’aide à proposer dans le but non pas de le ramener à tout prix dans la norme mais à ce qu’il s’accepte.

Le personnage du psychiatre est alors touchant, révélant lui aussi sa difficulté à s’intégrer dans la vie, vivant à travers celle de ces patients.

Un léger bémol sur la fin du livre, je n’ai pas compris sa nécessité, le discours était clair sans ce débordement.

Le jour où les chiffres ont disparu, Olivier Dutaillis, 2012, Albin Michel, 230 p., ISBN 9782226242938

Sur la pointe des mots – Marie-France Versailles

"Dès le premier jour, trois kilos de chair douce à porter, tous les possibles sont ouverts et toutes les séparations annoncées."

"Toujours, les enfants ne nous suivent que pour mieux nous précéder. Ils sont chez eux dans l’avenir et nous apprennent cette vie où nous les avons jetés."

"La vie, elle, s’écrit directement au propre. Ni gomme, ni rature, ni page arrachée, recommencée, recopiée ne lui sont accordées."

"Et puis, se réjouir de voir d’autres mains apprendre à de plus menues la fierté de tenir le crayon, de tracer des mots et d’entrer dans la magie de l’écrit. « Ça change la vie de savoir lire », dit ce petit garçon qui a tout compris."

"Avoir passé tant d’années à  s’appliquer à devenir soi, essais et erreurs mêlés, n’être pas au bout du travail, et voilà qu’il va falloir partir ? Et laissez le chantier en plan?"

"Je le savais bien que l’homme n’est pas immortel. Comment ai-je réussi pendant si longtemps à ignorer que j’étais concernée ?"

 VersaillesPointeCouv1 - copieLa quatrième
Sur le seuil de la maison que ses enfants ont quittée, une femme s’arrête. Mission accomplie. Hier encore, il y avait tant à faire…
Une vie devant elle. Autrement. Et à nouveau, tout découvrir.
Itinéraire inconnu, l’écriture pour seule boussole.
Elle s’offre le voyage… Vieillir. Habiter sa dernière saison, non comme un déclin à subir, mais comme un projet à nourrir. Dire qu’elle les aime à ceux qu’elle aime. Se faire légère.
Chemin faisant, elle rencontre à Uzès une femme qui a écrit au Moyen Âge un petit livre étonnant.
Connivence inattendue. Malgré les onze siècles qui les séparent, elles feront route ensemble avec l’ambition de tendre le relais, et la plume, à ceux et celles qui poursuivront l’histoire.

Verdict: La petite marchande de prose

Un livre qui m’a donné quelques difficultés au départ, j’ai eu du mal à entrer dans le récit qui combine les ressentis deux femmes que tout semble séparer. La narratrice est une femme belge d’un certain âge qui voit sa dernière étape de vie approcher. Elle va mêler son introspection à celle de Dhuoda, aristocrate de l’an 840, auteur d’un ouvrage écrit sur un parchemin à son fils Guillaume parti combattre avec son père. Sur les pas de ce témoignage antique, la narratrice nous confie son appréhension de la mort. Quelle empreinte laisse-t-elle dans la mémoire des générations à venir ? 
Le vieillissement et la séparation sont au centre de son questionnement. Deux étapes malaisées qu’elle approche avec beaucoup de pudeur.

C’est un texte juste où se mêle douceur et finesse.  Je me suis laissée emmenée par Marie France Versailles dans ce premier roman empli de poésie.

Un grand remerciement à Minou qui m’a permis de découvrir cet livre en le faisant voyager.

Sur la pointe des mots, Marie-France Versailles, 2010, Luce Wilquin, 120 p., ISBN 9782882534408

P1110452 - Copie (2)A la découverte des éditions Luce Wilquin

Défi 100 pages

Challenge ô vieillesse ennemie

Challenge Ô vieillesse ennemie?

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Challenge Littérature Belge de Reka

Challenge Destins de femmes

L’ardoise magique – Valérie Tong Cuong

"Elle passe sa vie à copier un modèle flou qu’elle tire des magazines qu’elle lit ou des conversations qu’elle a. Tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle exprime, tout ce qu’elle entreprend, ses choix, ses décisions sont le reflet de ce modèle. Pourquoi ? Elle ne vit qu’à travers l’image qu’elle espère projeter. Elle veut qu’on dise d’elle,« Ah, cette femme, c’est une femme bien, c’est une femme exceptionnelle, sa maison est magnifique, son mariage est magnifique, sa fille est magnifique. » Pour obtenir ce résultat, c’est un travail permanent."

"C’est l’éternel problème avec les riches, les bourgeois, les nantis, les gâtés. Il faut toujours qu’ils expliquent aux désespérés qu’ils ont de la chance, qui sont dans la vraie vie, les vraies valeurs, aux innocents les mains pleines et tout le toutim."

"Peut-être le moment était-il venu pour moi aussi d’exercer cette liberté. Mourir, pour exister."

 9782290029046FSLa quatrième
Assises sur la rambarde du pont, Alice et Mina semblent bien décidées à en finir. Pourtant, rien ne se passera comme prévu.

Verdict : La petite marchande de prose

Une nouvelle fois, Valérie Tong Cuong m’a emmenée dans un univers poignant, celui de Mina. Une jeune fille de 18 ans qui a décidé de se suicider en compagnie de son amie Alice.

Tout le récit est une interrogation concernant sa vie, son rapport à l’autre et particulièrement à Alice, son double, caractéristique de l’amitié adolescente. Mais n’est pas meilleure amie qui veut. Petit à petit, nous comprenons ce qui lie les deux jeunes filles et pourquoi elles en arrivent à prendre une telle décision.
Jusqu’où peut-on se jurer fidélité ? A la vie à la mort ?

Un joli récit où l’auteur peint deux milieux que tout oppose et dévoile l’importance des rencontres, celles qui aident, construisent ou révèlent. D’Alice à Sans-Larmes, il n’y a qu’un pas celui de l’humanité qui se (dé)personnifie.
A découvrir, surprenant…

L’ardoise magique, Valérie Tong Cuong, 2010, J’ai lu, 157 p., ISBN 9782290029046

Challenge Destins de femmes

La femme pressée – Imma Monso

"Très souvent, je m’échappais grâce à la lecture, car c’était l’une des activités bien considérées par mon père, ma grand-mère ou U., c’est-à-dire pas les « personnages intéressants » de la maison."

"- Ils m’ont tuée. C’était ma dernière vie.
- Ça t’arrive  tout le temps, non ? Puisque tu passes la journée entière à jouer…
- Oui, mais c’est une tragédie à chaque fois."

"Le temps était un amant infidèle, débordé et indisponible, qui l’abandonnerait au moment le plus inattendu."

"Je n’ai pas vu passer les heures, au sens propre, ce qui m’a rappelé l’impression ressentie quand je lisais des romans : le temps passe vite dans le monde de l’imagination, mais au moins c’est un temps vécu intensément."

 9782221131497FSLa quatrième
Agnès, psychiatre, a grandi au sein d’une famille dans laquelle les « Rapides » régnaient au détriment des « Lents ». Chez les Bach, tout était classé, mesuré. Ainsi, le « Temps de qualité » (lire, écouter de la musique, discuter) s’opposait au « Temps bon marché » (faire du sport, jouer, aller aux toilettes), tout comme il existait une frontière entre les « gens intéressants » et les autres. Elle était rapide, sa sœur était rapide, son père rapide, sa grand-mère rapide… Ceux qui étaient lents finissaient toujours par le payer.
Âgée de 48 ans, Agnès n’a jamais cessé de vivre sous la pression de cette perception temporelle anormalement accélérée et éprouve chaque jour davantage la nostalgie des rares moments d’ennui qu’elle a pu connaître dans son enfance. Consciente de souffrir d’une forme avancée de « maladie du Temps », elle qui croyait tout savoir et tout comprendre, doit désormais admettre qu’elle est passée à côté de tout ou presque… Juxtaposant ses souvenirs de petite fille, d’adolescente et de femme – dans une narration où récit à la première et à la troisième personne se répondent –, Agnès se lance dans un parcours du combattant pour tenter d’échapper à la tyrannie de cette course éperdue contre le temps, et laisser s’épanouir sa véritable vocation de « Lente ».

Verdict: La petite marchande de prose

Une lecture offerte en avant première dans le cadre des Jeudis Critiques sur EntréeLivre .

J’ai apprécié rentrer dans la vie d’Agnès Bach, psychiatre espagnol et  écrivain de cas cliniques. Dans le récit du livre, elle pourrait être son propre patient. Son besoin de contrôler le temps la conduit à des actes millimétrés. Elle veut essayer de se défaire de cette entrave.

De là, va découler une explication de sa vie, comme dans le cabinet d’un psy, elle développe le pourquoi du comment. Tout va y passer, son désir d’appartenance, son rapport à ses parents,  les comportements différents de ses frères et sœurs, sa vie amoureuse, son désir d’enfant… Ce n’est pas juste un récit de vie,  elle analyse tout.

Mais qu’en est il du jugement qu’elle a sur la famille qui l’a construite et sur sa vie ? Cette analyse qui conduit à « comprendre » n’est elle pas travestie par le simple fait de passer par le prisme de sa façon de voir ? Ne transforme-t-elle pas, comme tout un chacun, la réalité ? Vivre, n’est-ce pas interpréter ? Suis-je ce que je suis parce que j’ai été élevée comme cela ? Est-ce que tout s’arrête là ?

Va-t-elle apprendre à reprendre la main ou continuer à voguer sur le cours de son interprétation ?

Un livre riche, une psychologie des personnages poussée. Si vous aimez les livres où l’introspection est au premier plan, ce livre est pour vous.

La femme pressée, Imma Monso, 2013, Robert Laffont, 425 p., ISBN 9782221131497

Patients – Grand Corps Malade

"La vie c’est gratuit je vais me resservir et ce sera toujours pareil
Moi je me couche avec le sourire et je dors sur mes deux oreilles"

"Il faut savoir que, quand tu es couché sur le dos dans l’incapacité totale de bouger, ton champ de vision doit se satisfaire du plafond de la pièce où on t’a installé, et du visage des personnes qui ont l’amabilité de se pencher sur toi pour te parler."

"Quand tu es dépendant des autres pour le moindre geste, il faut être pote avec la grande aiguille de l’horloge. La patience est un art qui s’apprend patiemment."

"A l’inverse d’à peu près tous les êtres humains dans le monde, il attend le dimanche soir avec impatience."

"J’étais allongé sur un brancard, dans le couloir. On m’avait certainement installé là en attendant de finir de préparer la chambre où j’allais être installé. Un médecin était passé, s’était penché au-dessus de moi et m’avait regardé. Je le regardais dans les yeux, il voyait bien que j’étais tout à fait conscient, mais que je ne pouvais lui parler à cause des tuyaux dans la bouche. Il m’avait dévisagé, mais n’avait aucunement éprouvé le besoin de me dire bonjour. Au lieu de ça, il avait ouvert mon dossier médical posé sur brancard et s’était mis à crier juste au-dessus de moi « il est à qui, ce tétra, là ? »"

 9782359490978FS

La quatrième
Il y a une quinzaine d’années, en chahutant avec des amis, le jeune Fabien, pas encore vingt ans, fait un plongeon dans une piscine. Il heurte le fond du bassin, dont l’eau n’est pas assez profonde, et se déplace les vertèbres. Bien qu’on lui annonce qu’il restera probablement paralysé à vie, il retrouve peu à peu l’usage de ses jambes après une année de rééducation. Quand il se lance dans une carrière d’auteur-chanteur-slameur, en 2003, c’est en référence aux séquelles de cet accident – mais aussi à sa grande taille (1,94 m) – qu’il prend le nom de scène de Grand Corps Malade. On connaît l’immense succès qui suit : trois albums plébiscités par le public et la critique, une distinction de Chevalier des Arts et des Lettres, qui récompense la qualité de sa plume, toujours subtile et surprenante.
Dans ses chansons pleines de justesse, telles « À l’école de la vie », « Roméo kiffe Juliette », « Éducation nationale », ou encore « Rachid Taxi », l’artiste soulève le voile d’une réalité sociale et politique singulière. Chaque année, certains de ses textes sont proposés au baccalauréat de français. Dans son livre, où il se fait pour la première fois auteur d’un récit en prose, il raconte, avec humour, dérision et beaucoup d’émotion, les douze mois passés en centre de rééducation et relate les aventures tragiques mais aussi cocasses vécues par lui et ses colocataires d’infortune.

Verdict: La petite marchande de prose

Autant j’apprécie l’écriture de ses slams, la poésie et la justesse des sujets évoqués, autant je n’ai pas été conquise par le style du livre.

Pour autant, cette autobiographie sera un outil supplémentaire permettant de promouvoir la bientraitance dans les soins hospitaliers. L’auteur évoque les difficultés rencontrées lors de ses hospitalisations. Il décrit comment du jour au lendemain on rentre dans le monde du handicap, les émotions ressenties, allant du rejet à l’acceptation. Un livre émouvant, un témoignage d’une réalité souvent mise à l’écart.

Patients, Grand Corps Malade, 2012, Don Quichotte, 164 p., ISBN 9782359490978

Et puis, Paulette… – Barbara Constantine

"Alors, bien sûr, il ne parle à personne de tout ça. Il n’a jamais bien su s’exprimer, encore moins parler de ses émotions. Il aurait l’impression de se mettre à poil au milieu de la grande place, un jour de marché. Très peu pour lui. Il préfère garder tout au fond, bien enfoui, c’est plus simple."

"Après réflexion, ils se sont rendu compte que c’était la première fois qu’ils passaient toute une soirée ensemble, juste eux deux, sans personne d’autre autour. Ça les a interloqués. Nom d’un chien. C’était donc bien une première rencontre en tête à tête entre un père de soixante-dix ans et un fils de quarante-cinq …"

"Hortense est très excitée, elle veut apprendre à surfer sur le oueb ! Cliquer sur le dos d’une souris ! Se mettre de profil sur fesse bouc !"

 9782702142783FSLa quatrième
Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et ça ne le rend pas franchement joyeux. Un jour, après un violent orage, il passe chez sa voisine avec ses petits-fils et découvre que son toit est sur le point de s’effondrer. À l’évidence, elle n’a nulle part où aller. Très naturellement, les Lulus (6 et 8 ans) lui suggèrent de l’inviter à la ferme. L’idée le fait sourire. Mais ce n’est pas si simple, certaines choses se font, d’autres pas?
Après une longue nuit de réflexion, il finit tout de même par aller la chercher.
De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s’agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d’enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette?

Verdict: La petite marchande de prose

Au départ j’ai eu quelques difficultés à rentrer dans le livre, le style simple, voire enfantin de l’écriture m’a un peu refroidie, mais j’ai été conquise petit à petit par l’histoire.

Comme d’habitude je n’ai pas lu la 4e, heureusement toute l’histoire y est racontée ! J’avais juste notion d’une réunion de personnes âgées et de partage entre les générations. Un thème que j’affectionne particulièrement.

Barbara Constantine s’attaque à ce terrible sujet qu’est l’alternative qui pourrait exister aux maisons de retraite. Elle propose ce petit roman frais et doux où tout semble facile. Cette ferme devient une véritable arche de Noé où chacun trouve sa place, jeunes, vieux, retraités, étudiants, valides, invalides et même animaux…Une nouvelle fois nous sommes plus proche du conte pour enfants, ça sent la guimauve (et ça ne fait pas de mal). Pour autant, certains passages, le vocabulaire et la fin inachevée à mon goût ne conviennent pas du tout à un jeune public.

En somme, une jolie histoire pleine de bonnes intentions mais je suis un peu frustrée, plus de profondeur dans la psychologie des personnages aurait été la bienvenue.

Et puis, Paulette…, Barbara Constantine, 2012, Calmann-Lévy, 306 p., isbn 9782702142783

Challenge ô vieillesse ennemie

Challenge Ô vieillesse ennemie?

Beauvoir in Love – Irène Frain

"Mais là-bas, le tourbillon va reprendre : Nathalie, les conférences, les réceptions, les cocktails. Le train, c’est la dernière occasion de prolonger l’émotion de Chicago. Ou de lui donner sa chance. Depuis ce matin, il y a ce cri, par là-dessous : « Allez ! Qu’est ce que tu attends ? Offre toi un permis de vivre ! »"

"Quand on examine les pierres d’ambre, souvent on y distingue, embaumés dans le minéral, ces fragments de fougères ou d’insectes parfaitement conservés qu’on nomme inclusions. Quelque chose s’est produit, il y a des centaines de millions d’années, au fond d’une foret. On ne sait jamais quoi, cependant il en subsiste une trace. Ce quelque chose ne veut pas mourir tout à fait. Cette obstination fascine, n reste parfois à les fixer sans pouvoir s’en détacher
Il en va ainsi des histoires d’amour : même lorsqu’elles sont finies, des riens – bouts de scène, mots en miettes, gestes saisis au vol – demeurant figés dans la mémoire des amants et ne meurent qu’avec eux."

"Puis elle court poster sa lettre et s’en retourne à son manuscrit. Pour l’abandonner au bout de deux pages. La vie lui parait plus forte que les mots. Première fois que ça lui arrive."

9782749917412FSLa quatrième
On connaît la légende Beauvoir, intellectuelle majeure du XXe siècle, figure de proue du féminisme et compagne de Jean-Paul Sartre. Mais que sait-on de l’amoureuse déchirée qui se cachait derrière l’icône ? 1947. Simone de Beauvoir débarque aux États-Unis pour donner une série de conférences sur l’existentialisme. En vérité, Sartre fait tout pour la tenir à l’écart de son idylle avec la mystérieuse Dolores Vanetti.
Là, à près de 40 ans, Beauvoir va faire la rencontre d’un écrivain américain hors normes : le séduisant Nelson Algren. Dès leur premier échange, c’est le choc. En moins de vingt-quatre heures, dans les bas-fonds de Chicago, entre bars sordides, planques de junkies et un deux-pièces sommaire, Simone revit. Avec Algren, elle va découvrir ce qu’il y a de plus bouleversant dans l’amour au masculin : ses élans de romantisme, ses fureurs et ses émois enfantins… Constamment attisée par leurs séparations et d’éphémères retrouvailles, la tension amoureuse se fait parfois insoutenable.
Mais elle réveille aussi l’énergie créatrice des deux amants. C’est à ce moment-là qu’ils écrivent leurs chefs-d’oeuvre : Nelson, le roman qui lui vaudra la gloire, L’Homme au bras d’or, et Simone Le Deuxième Sexe, texte fondateur de la libération des femmes. Ils auront, en tout et pour tout, été réunis pendant moins d’un an mais le souvenir de leur histoire les hantera jusqu’à la mort. À travers ce livre , Irène Frain fait renaître toute la magie et l’illusion des amours impossibles.
Celles qu’on n’oublie jamais.

Verdict: La petite marchande de prose

Livre lu dans le cadre des Jeudis Critiques sur EntréeLivre, j’en remercie les organisateurs.

Jeudis-Critiques-8-du-28-12-au-10-01-Et-si-on-prenait-une-longueur-d-avance_mediumJe ne savais pas grand-chose de l’histoire avant de recevoir ce livre. L’auteur nous explique sa démarche en avant propos, et j’avoue qu’au départ les romans où un auteur reconstruit la vie ou un morceau de vie d’un personnage célèbre a tendance à me repousser. Il m’est difficile d’accepter de lire son interprétation, quelque fois sauvage, son impression, son ressenti, que cela a dû se passer comme cela.
J’ai gardé en tête cette critique tout au long de ma lecture et me suis radoucie en ayant conscience que même si c’était Simone de Beauvoir, elle-même, qui l’avait écrit il aurait été aussi romancé. Un livre où seule la vérité des faits est relaté n’existe pas, raconter une histoire, c’est privilégier sa vision des choses.

Au-delà de cette problématique, qui finalement n’en était pas une, j’ai beaucoup appris sur cette histoire d’amour. Pour moi, Simone de Beauvoir et Sartre n’allaient pas l’un sans l’autre (dans le même temps, ce n’était pas faux), je ne connaissais pas suffisamment leur vie pour imaginer la relation qu’elle avait pu avoir avec Nelson Algren.
J’ai découvert sa relation malsaine et addictive avec Sartre, une histoire fusionnelle qui l’empêchera de vivre complètement celle avec Nelson. Simone de Beauvoir n’est pas présentée comme épanouie, elle est duelle, duelle dans sa recherche de l’être aimé, dans sa personnalité, dans l’emprise.

Un livre touchant que j’ai dévoré, passant de moments doux de l’amour véritable aux moments éreintants des disputes et de la recherche de pouvoir sur l’autre. Tous deux étaient dans une recherche de reconnaissance, ne savant aimer et s’abandonner. Une histoire d’amour peu commune et pourtant…

Beauvoir in love, Irene Frain, 2012, Michel Lafon, 407 p., ISBN 9782749917412

Challenge Destins de femmes

L’enfant Grec – Vassilis Alexakis

"Au début, les yeux se tendent, cherchent un soupçon de clarté, attendent le moment où, la pupille s’étant suffisamment dilatée, le nerf optique transmettra l’information nouvelle au cerveau : non, il ne fait pas complètement noir. Sensation de l’enfance. Éveillé d’un rêve, d’un cauchemar, on ouvre les yeux aveuglés. Où est-on ? Où est passée la chambre ? Où est passé le monde ?"

"Il lit, tourne les pages, avance comme on rame, en produisant un effort mécanique, l’œil  absent, l’oreille tendue, guettant les bruits de pas, les grincements de portes, l’eau qui coule d’un robinet, et, beaucoup plus sourd, presque imperceptible, imaginaire en fait, le tombé d’un édredon sur la peau bistre d’un corps éclos."

"J’ai trouvé ce qui nous sépare, toi et moi. Vous et nous. La conscience de votre propre finitude, vous l’avez, je l’accepte, je le constate, mais ce qui vous manque, c’est la conscience de la finitude de l’autre. L’amour nait de là."

9782234064744FSLa quatrième
L’Enfant Grec C’est l’histoire d’un va-et-vient incessant entre deux jardins, celui de l’enfance, situé dans le quartier de Callithéa à Athènes, et le jardin du Luxembourg, où le narrateur erre péniblement, soutenu par ses béquilles. Il vient de subir une grosse opération, mais qui n’intéresse plus personne, sauf la dame qui tient les toilettes du jardin, un clochard nommé Ricardo, la directrice du théâtre de marionnettes et un vieil homme à cheveux blancs qui ressemble à Jean Valjean.
La solitude fait peu à peu surgir autour de lui tous les héros de son enfance, ceux qui ont réellement fréquenté le Luxembourg, comme Jean Valjean et les trois mousquetaires, mais aussi Tarzan qui ne comprend pas pourquoi on construit des maisons autour des jardins alors qu’il y a tant de places dans les arbres, des orphelins, des pirates, des Indiens et Richelieu qui surveille tout ce petit monde à travers les fenêtres du Sénat.
Il y a aussi la mort, représentée par une marionnette géante vêtue de blanc qui a des pattes de poulet à la place des mains, et une belle Italienne coulée dans du bronze. Le bruit du monde parvient assourdi jusqu’au jardin : on entend les cris des jeunes gens qui manifestent place de la Constitution à Athènes, on apprend que Zorba a dansé dans le Bundestag devant les députés allemands. Comme les romanciers aiment bien envoyer leurs personnages sous terre, dans les égouts ou dans les terriers, l’histoire finira dans les catacombes.
Jean Valjean aura la bonté de porter le narrateur sur son dos. Comme on le devine, le personnage central du roman est la littérature. Vassilis Alexakis a publié entre autres Paris-Athènes, La langue maternelle (prix Médicis 1995), Les mots étrangers, Ap. J.-C. (Grand Prix du roman de l’Académie Française 2007) et Le premier mot. L’enfant grec est son quatorzième roman.

Verdict: La petite marchande de prose

Étrange que ce livre où se mélange réalité et personnages romanesques, introduisant ça et là des événements de vie politique (française et grecque). Petit à petit son univers, le jardin du Luxembourg, va être le théâtre d’aventures simples à surprenantes restant lié au nostalgique jardin des premiers jeux où la cabane devient repère d’enfants.

J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur lors d’une dédicace, un moment agréable permettant d’aller plus loin dans la compréhension.

Comment une opération et la convalescence qui en suivra va pousser à la réflexion, une exploration de la lenteur du temps qui passe, amenant à un retour en arrière sur les personnages importants des romans de son enfance.

Nos premières lectures sont elles déterminantes pour nos lectures à venir? Comme notre premier amour déterminera nos relations futures ?

A vous de vous poser la question avec cette lecture distrayante.

L’enfant Grec, Vassilis Alexakis, 2012, Stock, 320 p,  ISBN 9782234064744

Challenge ô vieillesse ennemieChallenge Ô vieillesse ennemie?

La dame aux camélias – Alexandre Dumas fils

"N’estime l’argent ni plus ni moins qu’il ne vaut; c’est un bon serviteur et un mauvais maître."

"Si vous avez été amoureux, sérieusement amoureux, vous avez dû éprouver ce besoin d’isoler du monde l’être dans lequel vous vouliez vivre tout entier."

"On a toujours associé la campagne à l’amour et l’on a bien fait : rien n’encadre la femme que l’on aime comme le ciel bleu, les senteurs, les fleurs, les brises, la solitude resplendissante des champs ou des bois."

9782070367047FSLa quatrième
Trop de faveur nuit: écrite en 1848, devenue aussitôt et définitivement un mythe, La Dame aux Camélias a été si souvent transposée, adaptée, filmée que Verdi et Greta Garbo ont fait un peu oublier l’œuvre elle-même. Une œuvre qui est un document social. Mais surtout un très grand livre, écrit dans la langue la plus forte, avec d’admirables dialogues et un portrait de femme si émouvant, étrange et déconcertant de candeur perverse que Marguerite Gautier est déjà la sœur des héroïnes d’Ibsen et de Dostoïevski. Les pièces et les ouvrages postérieurs de Dumas fils sont peut-être, comme disait Jules Renard, un peu trop bien "dumaficelés". Mais La Dame aux Camélias permet de comprendre pourquoi Maupassant et Tolstoï ont vu en lui un des plus grands romanciers de leur temps.

Verdict: La petite marchande de prose

Je n’avais jamais eu l’occasion de lire une œuvre d’Alexandre Dumas fils.
La dame aux camélias, histoire d’un jeune homme qui tombe fou amoureux d’une courtisane. Il souhaite la sortir de son milieu afin qu’ils puissent vivre leur amour pleinement, qu’elle rentre dans le droit chemin et préserve sa santé fragile.

Quel choix prendre quand toute sa fortune et donc sa capacité à vivre repose entièrement sur sa beauté et sur son corps lorsque l’amour se présente à soi ? Voilà la question à laquelle essaie de répondre Alexandre Dumas fils. Mais la vie n’est jamais si simple, cette histoire reste ce qu’elle ne peut qu’être: passionnée et dramatique.

Dans ce récit autobiographique, l’amour est présenté avec tous les ingrédients : l’attirance, la jalousie, l’exclusivité, l’attente, l’espérance, la tromperie, l’envie, le chagrin, la susceptibilité, la joie, le désir charnel, les calculs, le trouble, le ridicule…

Une histoire touchante, pas mièvre pour un sou, de ce jeune homme tiraillé entre la réalité tragique et l’envie de changer un chemin de vie.

La dame aux camélias, Alexandre Dumas fils, 2008 (1848), Folio, 367 p., ISBN 9782070367047

Challenge un classique par mois

Challenge Destins de femmes

Steve Jobs – Walter Isaacson

"Une fois le projet iPod lancé, Jobs intervint quotidiennement. Sa principale exigence était: « Simplifiez ! » Il allait sur chaque écran de l’interface utilisateur et lui faisait passer un test drastique : n’importe quelle chanson ou fonction devait être obtenue en trois clics. Et ces mouvements devaient être intuitifs. S’il ne comprenait pas comment naviguer dans telle ou telle application ou qu’il lui fallait plus de trois clics, il se montrait implacable. « Parfois, se rappelle Fadell, on se triturait le cerveau sur un problème d’interface pendant des heures, on pensait avoir envisagé toutes les options, puis il arrivait et nous demandait : « Vous avez pensé à cela? » Et alors on se disait tous : « Bon sang ! Bien sûr ! » Il avait redéfini le problème selon une perspective inédite et la solution était apparue d’elle-même."

La quatrième
À partir d’une quarantaine d’interviews exclusives et de multiples rencontres avec sa famille, ses proches, ses collaborateurs comme ses concurrents, Walter Isaacson a reconstitué d’une façon magistrale la vie, l’œuvre et la vision du monde d’un des plus grands innovateurs de notre XXIe siècle qui a su allier le plus haut degré de technicité avec le raffinement esthétique. D’une voix pimentée d’une pointe de savoureuse étrangeté, Lemmy Constantine donne tout son relief au récit de cette vie hors norme.

Verdict: La petite marchande de prose

J’aime, j’utilise mais ne suis pas accro à la pomme. Pour autant, ce livre était déjà passé entre mes mains sans jamais arriver à la caisse. J’étais curieuse, j’avais envie de comprendre, d’en savoir plus.
J’ai été surprise de découvrir le personnage de Steve Jobs, génie narcissique, poussant son entreprise et ses employés à toujours se dépasser amenant à la création d’objets auxquels nous sommes devenus dépendants. Il a su produire une envie et un besoin qui n’existaient pas avant la création de l’objet. Au-delà du regard visionnaire, j’ai découvert un personnage détestable aussi sévère avec lui-même qu’avec les autres. Il était dans la loi du tout au rien, ne faisant preuve d’aucune empathie. Il fonctionnait selon la règle de « Marche ou Crève », et nous savons comment l’histoire se termine.

Walter Isaacson a accepté d’écrire cette biographie que Jobs ne lira pas, une vaste entreprise! Un énorme travail de recherche, de nombreux entretiens et un style agréable sans laisser paraitre de jugement. Ayant découvert cet ouvrage grâce à Audiolib, la voix de Lemmy Constantine, un peu monocorde au départ devient agréable petit à petit. J’ai profité d’un déplacement pour l’écouter, ce que j’ai fait sans m’arrêter.

Steve Jobs, Walter Isaacson, 2011,  audiolib, 667 p., ISBN 9782356414427

Merci à Babelio et à Audiolib qui à travers cette dernière Masse critique m’ont permis de découvrir cet ouvrage.

Agnès Grey – Anne Brontë

"Je m’éveillai de bonne heure le matin du troisième jour après mon retour d’Ashby-Park ; le soleil brillait à travers les jalousies, et je pensai combien il serait agréable de traverser la ville calme et de faire une promenade solitaire sur la plage pendant que la moitié du monde était encore au lit. Je ne fus pas longtemps à former ce désir ni lente à l’accomplir. Naturellement je ne voulais pas déranger ma mère ; je descendis donc sans bruit et j’ouvris doucement la porte. J’étais habillée et dehors quand l’horloge sonna six heures moins un quart. J’éprouvai un sentiment de vigueur et de fraîcheur en traversant les rues ; et lorsque je fus hors de la ville, quand mes pieds foulèrent le sable, quand mon visage se tourna vers l’immense baie, aucun langage ne peut décrire l’effet produit sur moi par le profond et pur azur du ciel et de l’Océan, le soleil dardant ses rayons sur la barrière semi-circulaire de rochers escarpés surmontés de vertes collines, la plage douce et unie, les rochers au loin dans la mer, semblables, avec leur vêtement de mousse et d’herbes marines, à des îles de verdure, et par-dessus tout la vague étincelante. Puis, quelle pureté et quelle fraîcheur dans l’air ! il y avait juste assez de chaleur pour faire aimer la fraîcheur de la brise, et juste assez de vent pour tenir toute la mer en mouvement, pour faire bondir les vagues sur la grève, écumantes et étincelantes, et se pressant joyeusement les unes sur les autres. La solitude était complète ; nulle créature animée que moi ; mon pied était le premier à fouler ce sable ferme et uni, sur lequel le flux avait effacé les plus profondes empreintes de la veille, ne laissant çà et là que de petites mares et de petits courants."

La quatrième
Élevée au sein d’une famille unie mais pauvre – qui n’est pas sans rappeler la fratrie Brontë -, Agnès Grey, 18 ans, fille d’un pasteur d’un village du nord de l’Angleterre, décide de tenter sa chance dans le monde en se faisant gouvernante. Trop discrète et inexpérimentée, elle est vite confrontée à la dure réalité dès son arrivée chez la famille Bloomfield.
Désarmée face à l’indiscipline des enfants gâtés dont elle a la garde, et à l’indifférence cruelle des adultes, elle est renvoyée au bout de quelques mois. Sans désemparer, et dans l’obligation de subvenir à ses besoins, elle trouve alors un emploi chez les Murray. Les jours passent, avec leur lot de monotonie et de difficultés, jusqu’à l’arrivée du nouveau pasteur, Mr Weston…
Chronique réaliste à la première personne, non dénuée de satire, Agnes Grey est largement inspiré de l’expérience de gouvernante d’Anne Brontë dans l’Angleterre provinciale de son siècle, tout comme Jane Eyre de sa sœur Charlotte.

Verdict: La petite marchande de prose

Agnès Grey présente par son histoire la dure réalité d’une gouvernante à cette époque. Elle est tourmentée par des enfants terribles prêts à tout pour lui faire des sales tours, dépourvus d’empathie et de bonnes manières.

Souhaitant améliorer le quotidien de sa famille désargentée, elle décide de trouver cet emploi  de gouvernante, qu’elle occupera dans deux maisons. Elle entrera au service de familles où les enfants sont rois. Elle aspire à leur donner de l’éducation, des valeurs amenant le lecteur sur un discours très moralisateur.

Ce livre inspirée de la vie d’Anne Brontë n’est pas sans rappeler l’histoire de Jane Eyre écrit par sa sœur. En effet, leur vécu familial est très présent dans leurs ouvrages, l’importance de l’éducation religieuse (provenant du père), le travail de gouvernante et le souhait d’un mariage d’amour.

J’ai malheureusement comparé avec le livre de sa sœur qui a été récemment un de mes coups de cœur. J’ai préféré Jane Eyre pour sa personnalité plus marquée, sa liberté et son féminisme. Pour autant, j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture ce récit.

Agnès Grey, Anne Brontë, 2012 (1847), Archipoche, 288 p.,  ISBN 9782352873143

Challenge « Lire sous la contrainte » de Philippe

Challenge un classique par mois

Challenge Destins de femmes

Une partie de chasse – Agnès Desarthe

"Au début, les yeux se tendent, cherchent un soupçon de clarté, attendent le moment où, la pupille s’étant suffisamment dilatée, le nerf optique transmettra l’information nouvelle au cerveau : non, il ne fait pas complètement noir. Sensation de l’enfance. Éveillé d’un rêve, d’un cauchemar, on ouvre les yeux aveuglés. Où est-on ? Où est passée la chambre ? Où est passé le monde ?"

"Il lit, tourne les pages, avance comme on rame, en produisant un effort mécanique, l’œil  absent, l’oreille tendue, guettant les bruits de pas, les grincements de portes, l’eau qui coule d’un robinet, et, beaucoup plus sourd, presque imperceptible, imaginaire en fait, le tombé d’un édredon sur la peau bistre d’un corps éclos."

"J’ai trouvé ce qui nous sépare, toi et moi. Vous et nous. La conscience de votre propre finitude, vous l’avez, je l’accepte, je le constate, mais ce qui vous manque, c’est la conscience de la finitude de l’autre. L’amour nait de là."

 La quatrième
Un roman d’éducation: fureur et mystère. Au cours d’une partie de chasse, un homme tombe dans une galerie souterraine. Tristan est désigné pour rester sur les lieux tandis que les autres iront chercher du renfort. Mais les secours n’arrivent pas et la tempête se lève. Une longue attente commence. Tout en essayant de soutenir moralement celui qui s’est blessé en tombant (et dont il se sent si loin), Tristan se remémore la suite des événements.
Il revit sa rencontre avec sa femme Emma, l’évolution de leur relation. C’est elle qui l’a convaincu de partir chasser, pour que les autres l’acceptent dans le cercle des hommes. Il repense aussi à sa mère malade dont l’image le hante encore aujourd’hui, au petit garçon docile qu’il était alors à son chevet. Et lui, qui a toujours plié sous la volonté des femmes, interroge enfin la place de son propre désir. Tristan s’abrite de la tempête comme on se terre au fond d’un terrier, dialoguant en cachette avec un animal rescapé de la partie de chasse, quand les voix des humains ne lui parviennent plus.
La nature se déchaîne alors dans une colère salutaire. Et peut-être le déluge, qui emporte tout sur son passage, obéit-il au rêve de Tristan de faire table rase. Avec Une partie de chasse, Agnès Desarthe signe un roman violent et énigmatique. Il nous parle d’un monde que les dieux auraient abandonné, laissant la place aux pulsions les plus secrètes qui dorment dans le cœur des hommes.

Verdict: la petite marchande de prose

Ne lisez pas la suite si vous comptez le lire, vous allez manquer une surprise.

Quelle livre surprenant, le départ est génial, être dans la tete de cet animal, pour nous amener au sujet ! J’ai vraiment apprécié.

Nous suivons Tristan qui accepte de partir à la chasse avec les gars du coin, dans cette campagne où il habite avec sa femme. Cette manière de rentrer en contact avec la population locale est couteux pour notre héros.

Petit à petit l’histoire va dégénérer, au départ, quand l’un des chasseurs tombe accidentellement dans un trou, puis, quand la météo se déchaine.

D’un chapitre à l’autre, Tristan nous dévoile sa vie, ses souffrances, ses inquiétudes. Une vie touchée par le malheur, la maladie, la nécessité de grandir avant l’heure. C’est une histoire dure qui se conjugue avec celles des autres personnages qui ont eux aussi subit la vie. C’est un roman original de part sa construction mais sombre dans son vécu. Pour autant, j’ai passé un vrai bon moment.

Merci au libraire (qui se reconnaitra) de me l’avoir conseillé.

Une partie de chasse, Agnès Desarthe 2012, éditons de l’Olivier, 153 p., ISBN 9782879299983,

L’évangile de Jimmy – Didier Van Cauweleart

"C’est fou le bien que ça fait, une psychanalyse. Je n’ai pas eu l’occasion de me confesser à un prêtre, je ne peux pas comparer, mais je me sens aussi léger qu’après une heure de crawl. Nettoyé, dégrippé, tout neuf ; libéré de ses pensées qui m’écraser depuis mes lectures du matin."

"J’éprouve soudain une nostalgie terrible, qui n’est même plus un désir en creux, le poids de ce bonheur à vide que je traîne partout en solitaire, mais le regret du temps où j’avais le droit de n’être qu’un homme, où je n’étais l’héritier de rien, le représentant de personne, où je pouvais aimer tranquille une femme unique en le foutant du reste du monde."

"C’était la première fois qu’il ressemblait à Jésus. Irwin se dit que le secret de l’Incarnation était là : c’est le doute qui fait l’homme, pas la foi. C’est l’inquiétude, et non la croyance. L’épreuve du discernement, bien plus que les convictions. Dieu est venu sur terre pour nous montrer que la foi n’est pas une question de certitude, mais d’amour."

 La quatrième
"Je La quatrième m’appelle Jimmy, j’ai 32 ans et je répare les piscines dans le Connecticut. Trois envoyés de la Maison-Blanche viennent de m’annoncer que je suis le clone du Christ."

Verdict: La petite marchande de prose

Une idée ambitieuse ou tordue ? Que deviendrait le Christ si on le clonait et qu’il vivait à notre époque où la foi n’est plus ce qu’elle a été ? Comment redevenir la figure d’un prophète quand popularité rime avec téléréalité ?

Quel étrange parcours de ce Christ cloné, à qui l’on va divulguer son origine. Que feriez vous si vous appreniez une nouvelle pareille alors que vous aviez une petite vie tranquille dans le Connecticut ayant deux passe temps : nettoyer les piscines et draguer les filles ?

C’est un livre bien documenté, qui permet de se poser beaucoup de questions. Le style ne m’a pas particulièrement touché mais la lecture est agréable.

C’est un challenge comme je les aime, et je dois avouer que Didier Van Cauwelaert s’en sort bien.

En somme : Original !

L’évangile de Jimmy, Didier Van Cauweleart, 2004, Le livre de poche, 409 p., ISBN 9782253117667

N ou M ? – Agatha Christie

"Les agents secrets sont presque toujours de charmants garçons. C’est un drôle de métier que le nôtre. on respecte l’adversaire et il vous respecte. Et il arrive souvent qu’on ait de la sympathie pour l’homme d’en face, alors même qu’on essaie de le descendre!"

La quatrième
Albert fit plusieurs fois le tour de la maison. ces pierres allaient peut-être dire quelque chose. une sorte de grognement qu’il venait d’entendre le fit sourire.
Le commandant élevait des cochons?
Ça c’était drôle!…..
Et, ce qui est drôle aussi c’est que ces grognements semblaient venir du sous-sol.
Un curieux endroit pour installer une porcherie!
Mais non, il ne s’agissait pas de cochons!
C’était quelqu’un qui piquait un somme!
Bien au frais dans la cave…..
Le bruit montait du soupirail.
Albert s’approcha. Le bonhomme ronflait ferme. Et de façon bizarre! il tendit l’oreille. C’était quand même une drôle de manière de ronfler. Et qui lui rappelait quelque chose. Quoi donc?
- Sapristi! se dit-il soudain, c’est un S.O.S.!

Verdict: La petite marchande de prose

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un Agatha Christie. Pourtant j’aime bien cela, pour être honnête ce n’est pas le coté littéraire du livre mais le jeu. Oui le jeu, trouver qui est l’assassin, comprendre, déjouer le méchant avant la fin du livre.

Ici, l’enquêteur est représenté par le couple Beresford, envoyés comme espions dans une pension de famille afin de débusquer certains acteurs importants de la 5e colonne, des nazis infiltrés à différents niveaux de pouvoir en Angleterre.

J’ai pris plaisir à suivre ce couple d’anciens, mis un peu au rebus par l’armée du fait de leur grand âge (la quarantaine, heureusement que cela a évolué). J’ai déchiffré une partie mais j’ai été surprise, je n’avais pas tout découvert !

Un bon petit moment de lecture.

N ou M ?, Agatha Christie, 1982 (1941), Club des Masques, 253 p. ISBN 9782702400517

Challenge "Lire sous la contrainte" de Philippe

Prochaine contrainte:

Le petit prince – Antoine de Saint-Exupéry

"On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux."

"Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé."

"C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante."

"Dans le désert au crépuscule, on s ‘assoit sur une dune, on ne voit rien, on n’entend rien et cependant quelque chose rayonne en vous."

La quatrième
« J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée.
J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait : …"

Verdict: La petite marchande de prose

C’est un conte philosophique très touchant. Au départ j’ai eu un peu de mal à accrocher puis j’ai pris plaisir à suivre ce Petit Prince dans ce voyage initiatique.
Étant adulte, je suis passée de planète en planète avant de me laisser aller et comprendre ce que l’auteur à essayé de nous dire.
Il y a surement de nombreux niveaux de lectures, pour ma part j’ai compris l’intérêt dans le lâcher prise que l’adulte a perdu en ayant grandi et qu’il peut redécouvrir en faisant face à une expérience difficile. Revenir à l’essentiel, prendre conscience de ce qui est important. Un joli moment de lecture.

Le petit prince, Antoine de Saint Exupery, 1999 (1946), Folio, 99 p., ISBN 9782070408504

Défi 100 pages

Challenge un classique par mois

Cet instant-là – Douglas Kennedy

"A quel instant « pas maintenant » se transforme en « jamais » ?"

"J’ai simplement pensé que les gens commettent des atrocités en se justifiant par des formules telles que « je ne faisais qu’obéir aux ordres », ou « on m’avait dit que c’était pour la bien de la patrie », ou « c’est à cause du système que je suis devenu comme ça », et ils croient résoudre ainsi des problèmes affectant le communauté à laquelle ils appartiennent. Par tous les moyens : en essayant d’exterminer des millions de personnes, ou en édifiant une « protection anti-fasciste » qui enferme tout un peuple dans une logique totalitaire. Mais la vérité, c’est que les murs finissent par s’effondrer, que les systèmes politiques les plus acharnés à se perpétuer finissent par tomber en morceaux, que toute une réalité collective se révèle soudain invivable. Et le cirque humain continue sa route, changeant son chapiteau de place."

 La quatrième
A la fois drame psychologique, roman d’idées, roman d’espionnage mais surtout histoire d’amour aussi tragique que passionnée, une œuvre ambitieuse portée par le  talent exceptionnel de Douglas Kennedy. Ecrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d’intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : les papiers de son divorce et un paquet posté d’Allemagne par un certain Johannes Dussmann.
Les souvenirs remontent… Parti à Berlin en pleine guerre froide afin d’écrire un récit de voyage, Thomas arrondit ses fins de mois en travaillant pour une radio de propagande américaine. C’est là qu’il rencontre Petra. Entre l’Américain sans attaches et l’Allemande réfugiée à l’Ouest, c’est le coup de foudre. Et Petra raconte son histoire, une histoire douloureuse et ordinaire dans une ville soumise à l’horreur totalitaire.
Thomas est bouleversé. Pour la première fois, il envisage la possibilité d’un amour vrai, absolu. Mais bientôt se produit l’impensable et Thomas va devoir choisir. Un choix impossible qui fera basculer à jamais le destin des amants. Aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard, Thomas est-il prêt à affronter toute la vérité ?

Verdict: La petite marchande de prose

Ce livre m’a été prêté en me disant qu’il était fantastique… Je n’ai pas trouvé que c’était le cas, mais je comprends que l’on puisse avoir ce sentiment. Douglas Kennedy sait tenir son lecteur en haleine, il connait bien les ficelles. Pour autant durant les 300 premières pages je me suis ennuyée, j’attendais. L’histoire se posait j’en avais conscience, c’était juste un peu long. Dans la dernière partie c’était plus intense, on a envie de comprendre et de connaitre la vérité.

J’ai particulièrement apprécié de prendre conscience de l’horreur du quotidien des allemands enfermé en RDA, de l’autre coté du mur de Berlin, c’est comme si on me le racontait pour la première fois. J’avais 10 ans quand le mur est tombé, je n’avais pas compris jusqu’où cela avait pu aller, l’indicible, l’insensé.

Un livre intéressant, j’ai passé un bon moment de lecture, mais…

Cet instant-là, Douglas Kennedy, 2011, Belfond, 493 p., ISBN 9782714443984

Rides – Paco Roca

La quatrième
Admis dans une résidence pour le troisième âge parce qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer, Ernest ressent la vie en collectivité comme une épreuve. Mais il accepte bientôt son nouvel environnement et décide de se battre afin d’échapper à la déchéance à laquelle son mal le destine. Pour l’auteur, la communauté des hommes est pareille à une bibliothèque dans laquelle les livres s’amoncellent en montagnes de papier jaunissant peuplées de rêves et de fantaisies. L’usure de toute une vie les couvre de rides, et certains voient les lettres de leurs pages s’effacer, feuille après feuille, jusqu’à redevenir entièrement blanches. Malgré cela, les émotions les plus intenses survivent, préservées comme un trésor caché sur une île lointaine.

Verdict: La petite marchande de prose

Je n’ai plus l’habitude de lire des BD, j’ai laissé ça au monde de l’enfance, mais celle là n’est pas une BD que l’on peut considérer comme faisant partie des comics. L’auteur retrace ici par le dessin, la douce pente qui attend Ernest. La maladie d’Alzheimer est une maladie qui met à mal la personne par sa perte de maitrise sur sa pensée et petit à petit sur sa vie, mais aussi la famille qui ne reconnait plus celui qu’ils ont aimé.

C’est un joli ouvrage où l’on prend plaisir à mieux comprendre ce qui se joue, un livre que je vais recommander dans le milieu en maison en retraite pour sa justesse.

Rides, Paco Roca, 2007, Delcourt Mirages, 100 p., ISBN 978756004174

La moustache – Emmanuel Carrère

"Le calme plaisir qu’il en tirait n’avait pas varié depuis la fin de son adolescence, la vie professionnelle l’avait même accru et lorsqu’Agnès raillait affectueusement le caractère sacré de ses séances de rasage, il répondait qu’en effet c’était son exercice zen, l’unique plage de méditation vouée à la connaissance de soi et du monde spirituel que lui laissait ses vaines mais absorbantes activités de jeune cadre dynamique."

"Car une fois choisie la seule action raisonnable, savoir s’enfuir au bout du monde, tout le problème était de s’en tenir là, de ne plus bouger, de ne plus agir, de ne pas accomplir autrement qu’en pensée le mouvement inverse."

La quatrième
Un jour, pensant faire sourire votre femme et vos amis, vous rasez la moustache que vous portiez depuis dix ans. Personne ne le remarque ou, pire, chacun feint de  ne l’avoir pas remarqué, et c’est vous qui souriez jaune. Tellement jaune que, bientôt, vous ne souriez plus du tout. Vous insistez, on vous assure que vous n’avez jamais eu de moustache. Deviendriez-vous fou ? Voudrait-on vous le faire croire ? Ou quelque chose, dans l’ordre du monde, se serait-il détraqué à vos dépens ? L’histoire, en tout cas, finit forcément très mal et, d’interprétations impossibles en fuite irraisonnée, ne vous laisse aucune porte de sortie. Ou bien si, une, qu’ouvrent les dernières pages et qu’il est fortement déconseillé d’emprunter pour entrer dans le livre. Vous voici prévenu.

Verdict: La petite marchande de prose

Vous voulez être déboussolé, alors lisez La moustache. Une moustache qui existe quelques pages avant de mourir dans le rasage de Marc. Mais personne ne se rend compte de sa disparition, d’abord surprenant, puis croyant à une blague, le héros essaye de comprendre la réaction de ses proches qui ne s’aperçoivent de rien. Mais en fin de compte, cette moustache a-t-elle existé ? Qui est le fou de cette histoire ?

Dans ce livre nous plongeons dans la tête d’un psychotique, où réalité et fantasme ne font qu’un, nous suivons, sa logique, son délire. Nous fuyons à l’autre bout du monde. Mais il est bien connu que dans la fuite, on n’abandonne pas les problématiques qui nous touchent !

De Paris à Hong Kong, vous êtes embarqué dans la psyché de cet homme qui tombe dans la maladie, une pensée emmêlée, une histoire sans fin, insensée. Jusqu’où la folie peut mener ?

La moustache, Emmanuel Carrère, 2012 (1986), Folio, 183 p., ISBN 2-07-037883-7

Challenge psy

La grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt

"Elle est curieuse cette peur que j’ai eue quand Denise, le premier médecin de la famille, m’a parlé de repos et de situation provisoire. Une peur d’enfant, une sorte d’étau m’a contracté l’estomac avec le sentiment d’une impuissance injuste. Avant cela, l’idée que ma vie puisse appartenir à d’autres ne m’avait jamais effleurée."

"Et comment pourrait-elle comprendre que lire, à mon époque, c’était avant tout dépenser de la lumière, perdre son temps à ne rien faire ?"

"Je suis entrée dans les livres par effraction, sans instruction qui donne le goût et l’aptitude à la lecture. En ouvrant des livres, j’ai choisi la pire des choses qu’une femme de mon milieu puisse faire. J’ai contemplé un monde qui m’était interdit."

"Tu as de la chance de ne pas les avoir encore lus, m’a lancé Jade avec cette envie impossible qu’a toute lectrice de redécouvrir pour la première fois ce qu’elle a déjà aimé."

La quatrième
Quand Jade, une jeune femme moderne, " enlève " sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite et fait habiter à Paris celle qui n’a jamais quitté la campagne, beaucoup de choses en sont bouleversées. A commencer par l’image que Jade avait de sa Mamoune, si bonne, si discrète… Une histoire d’amour entre deux femmes, deux générations, au dénouement troublant…

Verdict: La petite marchande de prose

Très touchante histoire que celle de Mamoune et de Jade. Jade ne souhaitant pas laisser sa grand-mère partir en maison de retraite vient la chercher pour lui proposer de venir habiter avec elle sur Paris.

J’ai aimé le regard de l’auteur sur les pertes qu’impose la vieillesse, sur la complicité que ces deux êtres rencontrent dans le partage de la lecture, sur le regard qui change sur une personne que l’on croyait connaitre (même si sur ce point précis, j’ai trouvé que Frédérique Deglhet était allée un peu loin).

Pour être tout à fait franche, j’adore l’idée (je ne peux vous en dire plus sans tout raconter, la fin est magnifique) mais l’écriture aussi douce soit-elle m’a ennuyée à plusieurs reprise. J’ai trouvé certains sujets très répétitifs, est-ce le fait que ce roman soit narré à deux voix, ou est-ce un style amenant le lecteur à rencontrer un certain rabâchage présent chez la personne âgée, je n’en suis pas sure ! J’ai fermé de nombreuses fois ce livre, dommage, cela aurait pu être un joli coup de cœur.

La grand-mère de jade,  Frédérique Deghelt, 2009, J’ai lu, 282 p., ISBN 9782290029114

Challenge Ô vieillesse ennemie?

Le dernier jour d’un condamné – Victor Hugo

"Tout est prison autour de moi : je retrouve la prison sous toutes les formes, sous la forme humaine comme sous la forme de grille ou de verrou. Ce mur, c’est de la prison en pierre; cette porte, c’est de la prison en bois ; ces guichetiers, c’est de la prison en chair et en os."

"On louait des tables, des chaises, des échafaudages, des charrettes. Tout pliait de spectateurs. Des marchands de sang humain criaient à tue-tête :
– Qui veut des places ?
Une rage m’a pris contre ce peuple. J’ai eu envie de leur crier :
– Qui veut la mienne ? "

"Je commençais à ne plus voir, à ne plus entendre. Toutes ces voix, toutes ces têtes aux fenêtres, aux portes, aux grilles des boutiques, aux branches des lanternes : ces spectateurs avides et cruels ; cette foule où tous me connaissaient et où je connaissais personne; cette route pavée et murée de visages humains… J’étais ivre, stupide, insensé. C’est une chose insupportable que le poids de tant de regards appuyés sur vous."

La quatrième
Victor Hugo a vingt-six ans quand il écrit, en deux mois et demi, Le Dernier jour d’un Condamné, roman qui constitue sans doute le réquisitoire le plus véhément jamais prononcé contre la peine de mort. Nous ne saurons pas qui est le Condamné, nous ne saurons rien du crime qu’il a commis. Car le propos de l’auteur n’est pas d’entrer dans un débat mais d’exhiber l’horreur et l’absurdité de la situation dans laquelle se trouve n’importe quel homme à qui l’on va trancher le cou dans quelques heures. Ce roman – aux accents souvent étrangement modernes – a une telle puissance de suggestion que le lecteur finit par s’identifier au narrateur dont il partage tour à tour l’angoisse et les vaines espérances. Jusqu’aux dernières lignes du livre, le génie de Victor Hugo nous fait participer à une attente effarée : celle du bruit grinçant que fera le couperet se précipitant dans les rails de la guillotine. Quiconque aura lu ce livre n’oubliera plus jamais cette saisissante leçon d’écriture et d’humanité.

Verdict: La petite marchande de prose

Victor Hugo dans ce livre souhaite plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort. D’abord publié de manière anonyme, il reconnaitra la paternité de cet ouvrage critiqué et parodié (aussi par lui-même en préface).

A la manière d’un journal de la dernière journée d’un condamné à mort, ce petit texte (140 p.) est constitué d’une alternance de chapitres très courts ou plus longs amenant un rythme saccadé alternant entre frayeur et tourment. C’est un texte beau par sa justesse, sa rudesse et sa réalité crue. Nous suivons cet homme sans en savoir beaucoup sur les causes qui l’ont conduit là. Nous sommes dans sa tête, nous sommes témoins de son introspection. Tout se passe très vite. Il évoque le jugement, la vie à Bicêtre, le ferrage et le départ des galériens, les souvenirs de ses proches, son transfert sur la Conciergerie, ses peurs, ses derniers désirs, son départ vers la guillotine.

Dans ce texte court, Victor Hugo nous pousse à ressentir de l’empathie pour cet homme anonyme, ordinaire dont nous ne savons que peu de choses, qui semble cultivé et qui voit le jugement des hommes décider de lui prendre sa vie. L’auteur souhaite que les hommes de loi qui prennent la décision de provoquer une telle expérience chez un être humain se posent la question de son utilité.

Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo, 2000 (1829), Folio, 200 p.,  ISBN 9782070413102

Challenge Justice de Yuko

Défi cent pages de La part Manquante

Challenge un classique par mois

La dernière conquête du Major Pettigrew – Helen Simonson

"C’était l’une des raisons pour lesquelles il avait évité les femmes, depuis la mort de Nancy. Sans le bouclier protecteur d’une épouse, les conversations les plus anodines avec des personnes du sexe féminin s’égaraient volontiers dans un bourbier de propos faussement timides et d’intentions mal exprimées. Il préférait éviter de se couvrir de ridicule."

"La vie s’interpose souvent entre nous et la lecture."

La quatrième
À Edgecombe St. Mary, en plein cœur de la campagne anglaise, une tasse de thé délicatement infusé est un rituel auquel, à l’heure dite, le major Ernest  Pettigrew ne saurait déroger pas plus qu’à son sens du devoir et à son extrême courtoisie, aussi désuète que touchante, qui font de lui l’archétype même du gentleman anglais : raffiné, sarcastique et irréprochable. Dans ce petit village pittoresque où les cottages le disputent aux clématites, le major a depuis trop longtemps délaissé son jardin.
Désormais veuf, il a pour seule compagnie ses livres, ses chers Kipling, et quelques amis du club de golf fuyant leurs dames patronnesses. Ce n’est guère son fils, Roger, un jeune londonien ambitieux, qui pourrait le combler de tendresse. Mais, le jour où le major apprend le décès de son frère Bertie, la présence douce et gracieuse de Mme Ali, veuve elle aussi, va réveiller son cœur engourdi. Tout devrait les séparer, elle, la petite commerçante d’origine pakistanaise, et lui, le major anglais élevé dans le plus pur esprit britannique.
Pourtant leur passion pour la littérature et la douleur partagée du deuil sauront les réunir. Ils vont, dès lors, être confrontés aux préjugés mesquins des villageois, où le racisme ordinaire sévit tout autant dans les soirées privées, sur le parcours de golf, à la chasse, sur les bancs de messe que dans les douillets intérieurs. Et les obstacles seront pour eux d’autant plus nombreux que leurs familles s’en mêlent : Roger s’installe dans un cottage voisin avec Sandy, sa petite amie américaine, et le neveu de Mme Ali, musulman très strict rentré du Pakistan, se découvre un enfant caché… C’est avec beaucoup de charme et d’intelligence que Helen Simonson s’empare du thème des traditions pour montrer combien elles peuvent être à la fois une valeur refuge et un danger.
Il se dégage de son roman une atmosphère so british qui enchante. Reste une question : votre tasse de thé, vous le prendrez avec un nuage de lait ou une tranche de citron ?

Verdict: La petite marchande de prose

Une histoire parfaitement anglaise, le thé, la littérature, les bonnes manières, le golf, l’héritage au sens large du terme.
Tout cela aurait pu en rester là si le cœur de ce vieux Major ne s’était remis à battre pour une femme. Au fil de la lecture, Helen Simonson nous interpelle quant à la perte de repères, de la tradition rassurante et rituelle, que cela soit avec la nouvelle génération anglaise, par la rencontre avec des personnages américains très laxistes ou encore le rapprochement de deux êtres que tout éloigne sauf la lecture et le respect.
Comment aller contre ce qui a toujours été là comme une vérité, comment au jour le jour évincer ce qui n’a jamais bougé, comment faire comprendre aux autres et à soi-même l’erreur dans laquelle nous pouvons tomber ? En voilà de nombreuses questions ! Mais quand il s’agit de répondre si vous êtes pour ou contre la bêtise, les habitudes enfermantes, le racisme…  un simple oui ou non est facile mais le vivre c’est une autre paire de manches.

Un livre qui semble simple mais qui n’en a que l’air, si vous voulez vous donner la peine de lire entre les lignes vous en apprendrez beaucoup (sur vous).

Bonne lecture.

La dernière conquête du Major Pettigrew,  Helen Simonson, 2012, NIL, 492 p., ISBN 9782841114375

Challenge Ô vieillesse ennemie?

Les vieilles – Pascale Gautier

"Elle n’avait jamais vu ça. Des dizaines et des dizaines de créatures décrépites en plein conciliabule. Telles des mouches dans l’étable qui bourdonnent autour des pots de lait, telles étaient-elles toutes en train de parler de leur tension, de leur cœur, de leur cataracte, des soins qui n’étaient jamais assez bien faits, des médecins qui n’étaient jamais assez attentifs, de tout cela qui avant, ne produisaient pas, parce qu’avant, bien sûr, avant était l’âge merveilleux de leur jeunesse d’or."

"Comment font les gens depuis toujours quand ils vont mourir ? elle aimerait se raccrocher à quelque chose. C’est important, paraît-il. Elle envie soudain ceux qui ont la foi. Elle donnerait tout pour croire aussi. Ça doit être tellement rassurant d’être convaincu qu’une fois mort, on est enfin vivant."

La quatrième
Il y en a une qui prie, une autre qui est en prison, une autre encore qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu’elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n’est plus rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez le coiffeur, à boire et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone, à commenter les faits divers, à critiquer leur progéniture qui ne vient pas assez, à s’offusquer de l’évolution des mœurs…
Elles savent que le monde bouge, et qu’elles devraient changer leurs habitudes, mais comment faire, à leur âge ? Aussi, l’arrivée de Nicole, une "jeunesse" qui entame tout juste sa retraite, et l’annonce d’une catastrophe imminente, vont perturber leur quotidien. Ce nouveau roman de Pascale Gautier est irrésistible par sa fraîcheur, sa volonté de prendre avec humour le contre-pied de certaines idées reçues sur la vieillesse.
On y retrouve avec délectation la causticité et la liberté de ton qui caractérisent ses précédents textes.

Verdict: La petite marchande de prose

De jolies vieilles, toutes avec leur particularité, leur histoire de vie et leurs habitudes. Elles ont un regard singulier sur le monde, la vieillesse, les hommes, leur bilan de vie, le quotidien, les enfants, l’amour… De tous ces thèmes, l’auteur construit une palette de personnages attachants, le tout saupoudré d’une pointe d’humour acerbe. J’ai vraiment pris plaisir à les observer se teindre les cheveux en violet, boire un porto, aller à l’église, parler au chat, se plaindre de leurs maux ou encore critiquer les autres.
J’ai accepté les répétitions de phrases qui parsèment le texte comme une figure de style renvoyant au rabâchage que certaines personnes âgées ne peuvent s’empêcher d’émettre, comme une écholalie rassurante, qui vient les bercer dans cette dernière étape où tout semble leur échapper petit à petit.
Mais Pascale Gautier m’a perdue, et c’est mon petit bémol, avec cette histoire de météorite, j’ai vraiment trouvé dommage cette apparition, cela m’a troublé, je n’ai malheureusement pas adhéré. Pour autant, une lecture sympathique.

Les vieilles, Pascale Gautier, 2010, Folio, 215 p, ISBN 9782070443338

Challenge Ô vieillesse ennemie?

Millénium 3 – La reine dans le palais des courants d’air – Stieg Larsson

"Il sourit. Lisbeth Salander fut glacée. Les composants de l’équation qu’elle avait construite dans l’air devant elle s’écroulèrent par terre. Elle entendit les chiffres et les signes rebondir et cliqueter comme de réels petits morceaux concrets."

"Mais ce n’était pas fini pour Lisbeth Salander. C’était seulement le premier jour du restant de sa vie."

La quatrième
Que les lecteurs des deux premiers tomes de la trilogie Millénium ne lisent pas les lignes qui suivent s’ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d’une série rapidement devenue culte. Le lecteur du deuxième tome l’espérait, son rêve est exaucé : Lisbeth n’est pas morte. Ce n’est cependant pas une raison pour crier victoire : Lisbeth, très mal en point, va rester coincée des semaines à l’hôpital, dans l’incapacité physique de bouger et d’agir. Coincée, elle l’est d’autant plus que pèsent sur elle diverses accusations qui la font placer en isolement par la police. Un ennui de taille : son père, qui la hait et qu’elle a frappé à coups de hache, se trouve dans le même hôpital, un peu en meilleur état qu’elle… Il n’existe, par ailleurs, aucune raison pour que cessent les activités souterraines de quelques renégats de la Säpo, la police de sûreté. Pour rester cachés, ces gens de l’ombre auront sans doute intérêt à éliminer ceux qui les gênent ou qui savent. Côté forces du bien. on peut compter sur Mikael blomkvist, qui, d’une part, aime beaucoup Lisbeth mais ne peut pas la rencontrer, et, d’autre part, commence à concocter un beau scoop sur des secrets d’Etat qui pourraient, par la même occasion, blanchir à jamais Lisbeth. Mikael peut certainement compter sur l’aide d’Armanskij, reste à savoir s’il peut encore faire confiance à Erika Berger, passée maintenant rédactrice en chef d’une publication concurrente.

Verdict: La petite marchande de prose

Voilà c’est fini… La trilogie se termine avec ma mort de l’auteur, nous ne pouvons éviter d’y penser. J’ai apprécié de connaitre la suite du tome 2 qui m’avait laissé sur ma faim. Une bonne partie du début du livre m’a moins intéressé, elle concerne la description de la politique suédoise. La deuxième moitié du livre correspond plus à mes attentes : une conspiration, l’enquête, le procès, les plaidoiries… Un bon moment de lecture.

Millénium 3 – La reine dans le palais des courants d’air, Stieg Larsson, 2007, Actes sud, 711 p., ISBN 9782742770311

François le champi – George Sand

"Les chefs-d’œuvre ne sont jamais que des tentatives heureuses."

"Mieux vaut souffrir le mal que de le rendre."

La quatrième
Un champi était un petit enfant abandonné dans les champs par ses parents. En grandissant, disent " les bonnes gens ", les champis deviennent des paresseux et des voleurs. Non, s’ils sont aimés, répond George Sand. Une pauvre femme, la Zabelle, puis Madeleine, une jeune femme mal mariée, recueilleront le bel enfant et l’aimeront tant qu’il le leur rendra au centuple. Il n’est question, dans ce livre, que d’amour, amour maternel et amour filial, amour frivole et passionné. Les romans champêtres de Georges Sand se passent dans les bois et les champs, dans les cours de fermes et les fêtes campagnardes. Ils rayonnent de pureté. Ils sont aussi un acte de foi et d’espérance en un avenir meilleur pour les pauvres et les malheureux. Pour eux, George Sand a combattu toute sa vie.

Verdict: La petite marchande de prose

Quelle belle écriture pleine de poésie, où George Sand se permet de mettre au devant de la scène les valeurs de la campagne, le parler du Berry et la description somptueuse des paysages. Nous avons l’impression d’être autour de la cheminée où l’histoire nous est comptée. Un joli moment plein de gentillesse, d’amour du prochain que l’on retrouve chez la femme du meunier, qui se donne tant aux autres qu’elle se met en danger. François, ce garçonnet un peu bête, qui en grandissant se révèle avoir une intelligence pure est un personnage attachant.  Un roman campagnard comme je les aime.

Mais, parce qu’il y a un mais, (si vous comptez lire ce livre, ne prenez pas connaissance de ce qui va suivre !!) j’ai été choquée par cette fin, l’amour filial, certes adoptif, se transformant en amour charnel entre François et Madeleine. N’est-ce pas la définition de l’inceste ? Cela m’a déçu, je ne m’y attendais pas, alors que doit on penser de cette fin ? Je vous laisse me donner vos avis à ce sujet.

François le Champi, George Sand, 1999 (1850), Le livre de poche, 221 p., ISBN 2-253-01346-3
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Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette – Stieg Larsson

"Elle rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Elle le voyait imbibé d’essence. Elle pouvait sentir physiquement la boîte d’allumettes dans sa main. Elle la secouait. Ça faisait du bruit. Elle ouvrait la boîte et choisissait une allumette. Elle l’entendait dire quelque chose mais fermait ses oreilles et n’écoutait pas les mots. Elle voyait l’expression de son visage lorsqu’elle passait l’allumette sur le grattoir. Elle entendait le raclement du soufre contre le grattoir. On aurait dit un coup de tonnerre qui dure. Elle voyait le bout s’enflammer.
Elle esquissa un sourire totalement dépourvu de joie et se blinda.
C’était la nuit de ses treize ans."

La quatrième
Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millenium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l’Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée.

Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n’est pas ce qu’on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millenium. Pire que tout, la police et les médias traquent bientôt Lisbeth, coupable toute désignée et qu’on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé. Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d’un maniaque et qui survivait en rêvant d’un bidon d’essence et d’une allumette ? S’agissait-il d’une des filles des pays de l’Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ?


Verdict: La petite marchande de prose

J’ai apprécié lire ce deuxième tome de Millénium. Toujours un bon moment. Dans celui-ci, au détour d’un double meurtre, nous découvrons la vie d’Elizabeth Salander (ce qui m’avait manqué dans le premier tome). Nous comprenons ce qui l’a amené à se cacher de la société, à rester sans cesse sur ses gardes. Tout en détours et intrigues Stieg Larsson, nous emmène dans une enquête à couper le souffle, le rythme est toujours vif comme je les aime. Moins de longueurs que dans le premier livre. Bon par contre, je reste sur ma faim, je vais devoir assez rapidement lire le 3e, quelle obligation pénible :)

Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, Stieg Larsson, 2006, Babel noir, 792 p., ISBN 9782742797875

La vie d’une autre – Frédérique Deghelt

"Pour autant que j’aie pu en juger en observant d’autres couples, dès le début d’une histoire à deux, on accumule de la rancœur. J’ai déjà expérimenté les mauvais temps où l’on regarde l’autre avec des manques d’amour, de petites blessures accumulées qui finissent par faire de larges plaies."

"Le chagrin est une blessure qui demande à saigner pour pouvoir guérir."

La quatrième
Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre pour le beau Pablo, nuit d’amour et le lendemain… Elle se réveille à ses côtés, douze ans plus tard, mariée, mère de trois enfants, sans un seul souvenir de ces années écoulées. Comment faire pour donner le change à son entourage ? Et comment retrouver sa propre vie ? C’est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a écrit ce roman sur l’amour et le temps qui passe, sur les rêves des jeunes filles confrontés au quotidien et à la force des choix qui déterminent l’existence.

Verdict: La petite marchande de prose

Un livre que j’aurais dû garder pour la plage. C’est le parfait livre de vacances. Le livre qui se lit vite.

Quelle drôle d’aventure que de se réveiller le lendemain de la rencontre avec un homme charmant et de découvrir que douze ans se sont écoulés sans en avoir le moindre souvenir. L’intrigue de l’amnésie vous pousse à vouloir savoir, vous ne lâchez pas.

Tout au long, il est plaisant de se plonger dans l’introspection  que fait cette femme sur sa vie avec un regard neuf (je vous rappelle qu’elle a tout oublié de sa relation amoureuse). L’auteur permet grâce à ses personnages une certaine analyse du couple, de ses penchants, des attirances et des choix amoureux. Franchement un petit livre très agréable même si j’ai moyennement apprécié la fin du récit.

La vie d’une autre , Frédérique Deghelt, 2007, Le livre de poche, 252 p., ISBN 9782253125778

La croisière de l’Ultime Espérance – Alain Keralenn

"- Madame Morvan ? Soyez la bienvenue à Aomori. Mon nom est Kenji Hosoda. Je travaille auprès de la société japonaise qui a organisé votre mission.
– Il semble que vous n’ayez pas eu de difficulté à m’identifier ?
– Reconnaître une Européenne aux cheveux clairs dans une gare de province au Japon ne demande pas des qualités de détective."

"Émergeant des collines, leurs pilotis lancés dans le vide, les battisses défient les lois élémentaires de la gravité. les habitants de Valparaíso s’y sont adaptés. Parfois, un tremblement de terre vient rompre ce fragile équilibre. ne dit-on pas que, si la terre chilienne produit tant de poètes, c’est qu’entre deux séismes, le temps s’avère trop court pour s’attarder sur un roman?"

 La quatrième
Marie Morvan, consultante française, se rend au Japon peu après le grand séisme qui vient de frapper ce pays. Chargée de préparer la certification d’une cargaison de matières nucléaires originaires du Japon et retraitées en Europe, elle y rencontre Kenji Hosoda, un jeune ingénieur japonais. Entre eux, une relation sentimentale naissante s’établit. Or, Kenji est lié par amitié à Samir, un chrétien d’Iraq qui l’a sauvé lors d’un séjour à Bagdad. Tous trois se trouvent engagés dans un complot qui les mène de Tokyo à Paris, de Dubaï à Valparaiso, autour de l’itinéraire du navire transportant ces matières nucléaires. À un tournant de sa vie, Marie éprouve des sentiments amoureux qu’elle croyait oubliés. De nouveaux horizons, ceux de l’aventure et de la nouveauté, s’ouvrent à elle. Sa détermination et son intelligence la conduiront à bouleverser sa vie. En toile de fond, l’itinéraire du navire et la croisière les conduiront à s’embarquer en Patagonie chilienne, dans la baie d’Ultime Espérance. Sur un rythme rapide, à la manière d’un scénario de cinéma, ce roman contemporain entraîne le lecteur sur les vastes avenues de la mondialisation, avec les défis qu’elle engendre.

Verdict: La petite marchande de prose

Merci à Alain Keralenn de m’avoir donné l’occasion de découvrir son premier roman.

Un roman que je n’ai pas lâché, pourtant le sujet ne m’aurait peut être pas inspiré à l’achat. Au détour de désillusion multiples, Marie Morvan, consultante en sécurité nucléaire, va prendre des décisions qui vont changer sa façon d’envisager la vie. Elle va partir à l’aventure, une aventure humaine et  amoureuse. Une adhésion au changement, passant des déchets nucléaires aux chrétiens d’Iraq, Marie nous renvoie une envie d’aller de l’avant, pleinement. Les sujets peuvent rebuter au départ, pour autant les descriptions sont claires et accessibles.

Un livre captivant mêlant une description proche du journalisme d’investigation dans la cadence et dans le ton. Les descriptions vont à l’essentiel, les dialogues sont pertinents, l’écriture de qualité,  pas de dérives. Sans conteste, nous ressentons la culture de l’auteur, de nombreux domaines sont évoqués, de la culture scientifique à la poésie il n’y a qu’un pas. Alain Keralenn nous emmène à son rythme, celui qui vous fera tourner les pages sans que vous vous en rendiez compte jusqu’à l’ultime. Bref, une jolie surprise. Je suis partante pour lire le prochain :)

La croisière de l’Ultime Espérance, Alain Keralenn, 2011, France Empire, 162 p., ISBN 9782704811236

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

"Puis je relève doucement mes paupières comme au ralenti.
Je regarde mon corps, mes yeux noirs, mes seins petits, ma bouée de chair, ma forêt de poils sombres et je me trouve belle et je vous jure qu’à cet instant, je suis belle, très belle même."

"Moi , les mots j’aime bien. J’aime bien les phrases longues, les soupirs qui s’éternisent. J’aime bien quand les mots cachent parfois ce qu’ils disent ; ou le disent d’une manière nouvelle."

La quatrième
Être riche c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça.
Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux.
Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

Verdict: La petite marchande de prose

Une magnifique description du ressenti de femme (pourtant écrit par un homme). Un plaisir de retrouver le beau paysage du nord de la France (si, si je vous assure!).
J’ai aimé suivre Jocelyne dans sa réflexion de sa vie, ses joies, ses peines, ses passions, sa vision du mariage. Au milieu de tout cela, l’imprévu, elle gagne la cagnotte. Que va-t-elle décider, est-ce que cette somme va avoir un impact sur son mariage, l’amour de ses enfants ou de ses amis. La vraie richesse se trouve-t-elle dans la possibilité de tout posséder, ou est-ce le manque et l’envie qui crée le désir. La vie n’est-elle pas intéressante quand on a des projets à poursuivre ? Tout pouvoir posséder ne rend-il pas la vie insipide et morne ?

N’hésitez pas, ce livre est un petit bijou, un livre que l’on prête, que l’on achète pour un(e) autre. Faites vous plaisir et répondez à une de vos envies :)

Grégoire Delacourt, La liste de mes envies, 2012, JC Lattès, 166 p., ISBN 9782709638180

La femme qui attendait – Andreï Makine

"En fait toutes les femmes attendent, comme elle, durant toute leur vie, formulai-je avec maladresse. Toutes les femmes, dans tous les pays, de tout temps. Elles attendent un homme qui doit apparaitre là, au bout de cette route, dans cette transparence du couchant. Un homme au regard ferme et grave, venant de plus loin que la mort vers une femme qui espérait malgré tout."

"Ce Saussure prêté prouve que même dans une situation aussi insolite que la nôtre la logique d’une liaison reste toujours pareille : au début, un objet-talisman, une bouteille à la mer, l’espoir fébrile d’une suite, à la fin, ce volume inutile dont on ne sait plus comment se défaire…"

 9782020787468La quatrième
A Mirnoïé, sur les bords de la mer Blanche, personne ne croit plus au retour de Koptev. Personne, sauf Véra. Depuis trente longues années, telle Pénélope, elle attend obstinément son homme. Chaque jour, elle ouvre sa boîte aux lettres avec le même espoir. Un jeune étudiant en anthropologie venu de Leningrad la remarque, et se met en tête de percer les mystères de cette âme qui se débat, à la lisière de la folie et de la pureté absolue.

Verdict: La petite marchande de prose

Sous décor rustre des pays de l’est où le livre se déroule, un petit village Mirnoïé, où une femme attend depuis trente ans un soldat parti au combat.
Une promesse que le jeune narrateur, du haut de ses vingt-six ans, a du mal à comprendre. Il va la rencontrer et être séduit par ce qu’elle représente.
Makine nous décrit la fascination de son héros pour l’attente de cette femme. Qu’est ce qui fait qu’elle n’a pas tourné la page, refait sa vie, quitté ce village emplie de vieilles attendant la mort ?

C’est un livre lent, où la blancheur et la dureté du climat est décrit avec beaucoup de beauté. Il nous relate aussi le constat des changements politiques après guerre.
La perdition est le point commun de tous les personnages. Du parti, au sentiment amoureux, en passant par une recherche de liberté à l’occidentale, Makine explique les tenants et les aboutissants de ce qu’un choix peut provoquer dans une vie.

La femme qui attendait, Andrei Makine, Points, 2004, 214 p., ISBN 9782020787468

Lecture commune avec Minou

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Ce parfait ciel bleu – Xavier de Moulins

"Son casque blanc est parfaitement laqué, à vue de nez la mise en plis date de 10h30. On dirait une barbe à papa, une boule de nuage dessinée par un feutre d’enfant, une installation d’art contemporain. J’ai très envie d’y plonger les deux mains et d’y laisser mes empreintes."

"Sommes-nous préparés à la grande inversion ? A devenir un jour les parents de nos parents ? A les regarder, impuissants, tomber faibles à nos pieds ? A leur donner la béquée ? A les laver, les habiller ? A leur servir de cannes avant de déléguer à d’autres l’honneur de les border le soir, de les consoler la nuit, de les servir et de les protéger, parce que nous sommes plus assez forts pour cela et que de toute façon nous n’avons pas le temps."

 9782846264006FSLa quatrième
On retrouve ici Antoine Duhamel le personnage du premier roman de l’auteur, Un coup à prendre.
Il est désormais divorcé et père recomposé dans les bras de Laurence, mais peine toujours à se séparer d’Alice et ne se résout toujours pas à cesser d’hésiter entre deux femmes. comme entre regret et renoncement. Il va offrir à celle qui est finalement sa seule confidente, sa grand-mère Mouna, deux jours hors de la maison de retraite où elle a préféré finir ses jours. Un pèlerinage clandestin dans l’hôtel de leurs vacances passées, le temps d’une escapade sous le ciel bleu de la côte normande.
Sous un parfait ciel bleu, c’est le face à face d’un homme de trente-sept ans qui a encore peur de vivre et d’une vieille dame qui a peur de mourir. Et c’est celle qui a pourtant tout connu du renoncement qui, au soir de sa vie, va lui donner le courage de choisir sa vie.

Verdict: La petite marchande de prose

Un livre offert par Babelio et Au diable Vauvert dans le cadre d’une Masse Critique, avec tous mes remerciements.

Je n’ai jamais lu cet auteur, que je connais pour autant en tant que journaliste. Je suis surprise, agréablement surprise. Le sujet me plait, je connais bien le monde de la gériatrie et ses descriptions collent à la réalité. J’aime ce que son héros, Antoine, va créer avec sa grand-mère Mouna. C’est une histoire douce, pleine de tendresse. Malheureusement, j’ai eu l’impression d’une redite en pensant au livre Les souvenirs de Foenkinos mais la frustration que j’avais eu en lisant Les souvenirs ici je ne l’ai pas ressentie. Xavier de Moulins a comblé le manque, je trouve son livre plus abouti et plus pertinent par rapport à mes attentes. J’ai été touchée par cette grand-mère, ses choix, son non-jugement du petit fils trentenaire qui a des problématiques d’aujourd’hui bien en décalage avec ce qu’elle a pu vivre au même âge. Nous voilà confrontés à un couple attachant, s’aidant l’un et l’autre dans leurs craintes, la vie et la mort, tout semble lié entre eux.

Je pense que je vais m’intéresser à son premier roman… Une prochaine chronique à venir.

Ce parfait ciel bleu, Xavier de Moulins, 2012, Au diable Vauvert, 203 p., ISBN 9782846264006

Une année chez les français – Fouad Laroui

"Medhi (…) découpa avec application un petit morceau de son steak et le porta à ses lèvres, avec sa couche de moutarde, en faisant bien attention à ne rien laisser tomber. Dès qu’il eut refermé la bouche, ce fut comme si quelqu’un avait craqué une allumette sur sa langue, comme si des démons se battaient dessus à coups de lance-flammes. Son nez s’emplit d’un nuage acre et il sentit, d’un seul coup, des gouttes de sueur sur son front. Certes, il avait ressenti un tel incendie sur son palais en mangeant les brochettes avec Moktar, à Settat, le samedi précédent ; mais ce qui était nouveau, c’était cette colonne de feu, qui lui remontait par le nez. Ça, c’était français."

"C’était peut-être cela le pire dans la mort : ne plus pouvoir lire."

9782266218658FSLa quatrième
1969: les Américains marchent sur la Lune.
Mehdi, 10 ans, débarque au lycée Lyautey de Casablanca où son instituteur, impressionné par son intelligence et sa boulimie de lecture, lui a obtenu une bourse. Loin de son village de l’Atlas, Mehdi pense être un membre de l’équipage d’Apollo découvrant une planète inconnue : qui sont ces Français qui vivent dans le luxe, adorent les choses immangeables, parlent sans pudeur et lui manifestent un tel intérêt ? Durant une année scolaire animée par une galerie de personnages surprenants, l’histoire émouvante d’un enfant propulsé dans un univers aux antipodes de celui de sa famille.

Verdict: La petite marchande de prose

Étrange immersion dans le monde de Medhi que nous suivons lors de sa première année scolaire dans le lycée français de Casablanca. Boursier, il s’acclimate petit à petit. Il a un mode de compréhension du monde qui l’entoure plein d’humour faisant sans cesse référence à ses lectures antérieures. Il rencontre bon nombre de personnages plus farfelus les uns que les autres.

Dans ce livre, j’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur aborde la recherche identitaire de ce jeune prodige que ce soit par rapport à la nationalité, à la famille, à la loi ou encore à la religion. La question de l’appartenance tient une place essentielle .

Un livre agréable mais pas de coup de cœur pour moi.

Une année chez les français, Fouad Laroui, 2011, Pocket, 288 p., ISBN 9782266218658

Les souvenirs – David Foenkinos

"J’ai si souvent été en retard sur les mots que j’aurais voulu dire."

"On cherche toujours des raisons à l’ étroitesse affective de nos parents. On cherche toujours des raisons au manque d’amour qui nous ronge. Parfois, il n’y a simplement rien à dire."

"J’éprouvais le sentiment qu’elle était là depuis toujours. D’une certaine manière, attendre quelqu’un, c’est le faire exister avant son apparition."

9782070134595FSLa quatrième
Le narrateur, apprenti romancier, prend conscience à l’occasion du décès de son grand-père de tout ce qu’il n’a pas su vivre avec lui.
Il comprend que le seul moyen de garder l’amour vivant est de cultiver la mémoire des instants heureux. Dans le même temps, frappée par le deuil, sa grand-mère semble perdre la tête. Il assiste aux manœuvres des proches pour la placer en maison de retraite et vendre à son insu son appartement. Ce qu’il n’a pas su vivre avec son grand-père, il décide alors de le vivre avec elle. Il va la voir souvent, parvient à égayer sa solitude, à la faire rire de tout.
Mais elle finit par apprendre que son appartement a été vendu, et fait une fugue… Le narrateur va partir à sa recherche, et la retrouver pour lui offrir ses derniers moments de bonheur. Le hasard lui fait en même temps rencontrer Louise, qu’il va aimer, et qui le quittera. Les souvenirs, nourris de joies, de douleurs et de mélancolie, lui offrent désormais la possibilité d’écrire son roman, et peut-être son avenir.

Verdict: La petite marchande de prose

Autant je n’avais pas aimé ce que je qualifierais de farfelu son précédent roman qu’était La délicatesse (je sais, tout le monde a aimé… mais pas moi), autant j’ai vraiment apprécié la lecture de son dernier roman (autobiographique ?) : Les souvenirs.
C’est un roman empli de douceur, de poésie et d’humanité où les souvenirs du narrateur se mêlent aux souvenirs des personnes qui croisent sa route. Au-delà de sa vie personnelle, le héros, un écrivain qui se cherche, relate la mort de son grand père, le placement de sa grand-mère en maison de retraite, la culpabilité de son  père, ses rencontres, les visites tragi-comiques dans ce lieu dépourvu de vie qu’est l’institution gériatrique,  la « fugue » de cette grand-mère…
Que va découvrir ce petit-fils en partant à sa recherche ?

C’est un beau livre, plein de douceur et d’émotions sur la vie, la vieillesse, l’amour, la filiation…, mais parce qu’il y a un mais, je n’apprécie toujours pas ces petits chichis foenkiniens, chaque chapitre se termine sur les souvenirs présumés d’un des personnages du chapitre, ces petites parenthèses caractéristiques de l’auteur ont le don de m’agacer, ça me coupe dans ma lecture, je ne les trouve pas nécessaires, mais bon, ce n’est que mon ressenti.

Les souvenirs, David Foenkinos, 2011, Gallimard, 266 p.,  ISBN 9782070134595

La rêveuse d’Ostende – Eric- Emmanuel Schmitt

"Elle lisait dans le but de ne pas dériver seule, elle lisait non pour remplir un vide spirituel mais pour accompagner une créativité trop puissante. De la littérature comme une saignée afin d’éviter la fièvre…"

 9782253134374FSLa quatrième
Pour guérir d’une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende.
Sa logeuse, une vieille dame solitaire et mystérieuse, Emma Van A, se confie peu à peu à lui et, un soir, finit par lui avouer son grand secret : une étrange et incroyable passion amoureuse. Fiction ou réalité ? Cinq histoires – " La rêveuse d’Ostende ", " Crime parfait ", " La guérison ", " Les mauvaises lectures ", " La femme au bouquet " – où Eric-Emmanuel Schmitt montre le pouvoir de l’imagination dans nos existences.

Verdict: La petite marchande de prose

Quelques nouvelles de Schmitt à lire, toujours un plaisir. Ici le fil conducteur est ce que produit l’imaginaire dans l’existence, que ce soit par la lecture, le récit d’une histoire d’amour, le désir suscité par une femme sans estime d’elle-même ou encore l’incompréhension d’un acte. Il jongle avec le réel et l’illusion que tout un chacun a de la vie. Le besoin de tout être humain de comprendre ce qui l’entoure, de rechercher la vérité, de s’imposer une conduite, d’accepter une mauvaise image de soi, tous ces différentes idées sont mis à mal par Schmitt, il nous pousse à envisager un autre point de vue, à lâcher prise, à arrêter le transfert de nos vies, notre rationalité sur ce que nous amener l’autre. C’est le combat perpétuel de notre égo dans l’acceptation d’autrui, dans ce qu’il a de différent, dans ces pensées ou actes propres qui ne nous ressemblent pas. Un joli recueil qui contraint les personnages  à regarder le monde sous un autre angle.

La rêveuse d’Ostende, Eric- Emmanuel Schmitt, 2007, Le livre de poche, 246 p., ISBN 9782253134374

Lecture commune avec Ogresse de Paris

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Autobiographie d’un amour – Alexandre Jardin

"Il aspirait à se laver de son égoïsme, à se donner plus qu’à se prêter, à deviner les incomprises qui s’ennuyaient dans  sa femme."

"Elle me comprenait pas comment il n’avait jamais saisi qu’une femme comme elle ne respirait que pour partager, si possible avec celui qu’elle tachait d’aimer ; et que cette quête était toute sa vie."

"Ce mot – avec – revenait en rafale dans le cahier, ponctuait ces confessions ; car il était bien clair qu’Alexandre avait toujours tout fait pour Jeanne et non avec elle."

9782070416851FSLa quatrième
À trente-deux ans, Alexandre Rivière découvre que Jeanne, sa femme depuis sept ans, n’est pas heureuse.
Désespéré que son couple ait échoué, il préfère disparaître. Il quitte sa femme et ses deux enfants, le soleil écrasant des Nouvelles-Hébrides, son métier d’instituteur et un amour délavé. Deux ans plus tard, Octave, son jumeau, débarque dans l’archipel. Stupéfaite, Jeanne croit voir en lui " ce bis amélioré que le réel ne sait jamais offrir ". Par un habile marivaudage, l’Alexandre idéal va l’entraîner sur le chemin de la guérison.
Il l’aidera à se corriger d’elle-même, à se libérer peu à peu de ses complexes, de ses culpabilités. Il lui apprendra à mieux s’aimer pour aimer mieux… Mais qui est ce Rivière venu la délivrer d’elle-même ? Manipulateur au service de l’amour, Octave est la création la plus déroutante de l’auteur du Zubial, du Zèbre (prix Femina, 1988), du Petit Sauvage et de L’île des Gauchers.

Verdict: La petite marchande de prose

En voilà une belle histoire d’amour, c’est la première fois que je lis Alexandre Jardin et je ne pense pas la dernière. J’ai vraiment été touchée par la manière dont Alexandre, par amour pour Jeanne, sa femme, va se transformer et devenir lui. Un changement nécessaire au moment où le couple prenait l’eau et l’un et l’autre ne faisait que s’éloigner.

Après avoir eu le courage de s’infliger ce changement en partant, il va petit à petit provoquer la même sentence chez elle. Il veut lui donner l’envie d’être elle-même, d’arrêter de se cacher derrière tous ces événements qui empêchent d’être heureux, d’enlever les bâtons dans les roues. Pour cela il utilisera bon nombre de stratagèmes.
Revient-il vers elle ? Est ce son frère jumeau ? Après cette évolution respective vers le vérité de leur être propre, seront-ils encore en amour l’un pour l’autre ?

De nombreuses questions qui trouveront leur réponse que dans la lecture, vous savez ce qui vous reste à faire :)

Un livre qui ne se limite pas à être qu’un roman, c’est aussi un outil de compréhension des mécanismes internes utilisés par certains psys il ne s’en cache pas, pour autant cela reste une belle lecture.

Autobiographie d’un amour, Alexandre Jardin, 2001, Folio, 255 p., ISBN 9782070416851

Les Morues – Titiou Lecoq

"Juste ils avaient appris, ils avaient été conditionnés pour faire passer leur besoins en priorité. Pas elles. Elles n’osaient pas encore. Elles se trainaient des siècles de culpabilisation."

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C’est l’histoire des Morues, trois filles et un garçon, trentenaires féministes pris dans leurs turpitudes amoureuses et professionnelles.
Un livre qui commence par un hommage à Kurt Cobain, continue comme un polar, vous happe comme un thriller de journalisme politique, dévoile les dessous de la privatisation des services publics et s’achève finalement sur le roman de comment on s’aime et on se désire, en France, à l’ère de l’internet. C’est le roman d’une époque, la nôtre.

Verdict: La petite marchande de prose

Tout d’abord un grand merci à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert de m’avoir fait découvrir ce premier roman.

Alors qu’ai-je pensé de ce livre ? Hum… comme à mon habitude, je n’avais aucune idée du sujet du livre, et bien quelle surprise !

Me voici embarquée dans l’univers fantasques des Morues. Derrière la recherche primaire de la cause du décès d’une de ses amies, Ema nous décrit sa vie où vodka, sexe, amitié et politique trouvent leur place.

A travers le prisme que représente ces 4 personnages que sont les Morues, Titiou Lecoq partage avec nous son analyse ce qu’elle considère être notre société. Son style est agréable, même si j’apprécie peu l’intrusion de morceaux de chansons (textes en anglais) dans le fil de son discours mais mis à part ce détail, c’est une lecture accessible.

J’ai ressenti une gêne : la manière loufoque de l’auteur de nous divulguer ce qui se joue au niveau politique et économique en France. Ce n’est pas tant les faits, d’actualité, mais la manière faussement éducative de nous amener à nous informer et nous poser des questions sur ce qui nous entoure. Parler de politique, de sexe, d’alcool, de sentiment amoureux, de dépression, j’ai trouvé tout cela intéressant mais le tout m’était quelque fois indigeste tant la psychologie des personnages était riche. Il m’est arrivé de penser, elle part dans tous les sens. J’ai eu l’impression de lire plusieurs romans en un additionné d’une critique des jeunes parisiens trentenaires qui se cherchent et tentent de sortir de la crise d’adolescence, saupoudré d’analyse politique.

Mis à part cette densité, c’est un roman agréable, un peu vulgaire par moment, mais qui se lit avec plaisir.

Découvrez sans complexes ces Morues, ça vaut le coup.

Les Morues, Titiou Lecoq, 2011, Au diable Vauvert, 450p., ISBN 9782846263474

Ru – Kim Thùy

"Ma mère a commencé à vivre, à se laisser emporter, à se réinventer à cinquante-cinq ans."

"Tous les descendants devaient porter leurs ancêtres non pas dans leur cœur mais au-dessus de leur tête."

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Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saigon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec.
Récit entre la guerre et la paix, Ru dit le vide et le trop-plein, l’égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragicomiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d’un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d’argent, Kim Thuy restitue le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui avec la maîtrise d’un grand écrivain.

Verdict: La petite marchande de prose

Merci à Minou de m’avoir fait découvrir ce livre à l’occasion de cette lecture commune.
Un roman aux chapitres courts, témoignage d’un parcours chaotique d’une femme qui nous relate le Vietnam de son enfance, son départ du pays, ses difficultés, ses peurs et la nouvelle vie. Tous ces souvenirs ne sont pas classés dans la chronologie, elle semble les partager avec nous au fur et à mesure qu’ils lui reviennent en mémoire, une sorte de confidence. Nous sommes alors spectateurs de l’exode vers un « monde meilleur », des clins d’œil de la différence, des moments terribles qu’elle a vécus. Elle nous explique la vie d’un réfugié vietnamien à travers de nombreuses vignettes qui se rapportent autant aux membres de sa famille qu’aux personnes qui ont croisé sa route un peu partout dans le monde.

C’est un livre frais malgré la teneur des propos, elle nous emporte doucement d’une révélation à une autre. Un livre à croiser sur sa route.

Ru, Kim Thùy, Liana Levi – Piccolo, 2009, 143 p., ISBN 9782867465772

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L’envie – Sophie Fontanel

"Tandis que nous les solitaires, armée non violente sauf contre elle-même, incalculable car inavouable peuplade, nous savons d’instinct que parler c’est offrir au monde de quoi nous exiler davantage."

"Dès que l’on se rencontre soi-même, les autres cherchent qui ça peut bien être."

"Sa conclusion : « Il y a des limites à ce que les gens peuvent entendre »."

9782221126950FS_2La quatrième
Pendant une longue période, une jeune femme vit sans connaître une intimité physique avec un homme.
Ce n’est pas tant une décision qu’elle a prise, c’est un état de fait, c’est une absence d’envie de sa part. De cet état habituellement inavouable, elle parle. Dans ce rien, elle trouve des ressources insoupçonnées, des rêves, un certain bien-être. Elle découvre aussi des relations différentes avec les hommes et les femmes qui l’entourent. Soit parce qu’ils se rapprochent d’elle afin de lui faire part de leur propre situation, soit parce qu’ils essaient de la comprendre, ou de l’encourager, ou de la convaincre qu’elle fait fausse route.
Cette femme incertaine traverse avec légèreté et gravité l’existence ; ses perceptions, sa sensibilité, son empathie sont décuplées. Il semble qu’il ne lui appartienne pas d’évoluer. Pour elle, la vie privée ce n’est pas ce qu’on fait, c’est ce qu’on ne fait pas. Un jour, pourtant, les choses vont changer.

Verdict: La petite marchande de prose

Après avoir lu ici et là bien des avis, souvent négatifs, j’ai aussi eu le mien, j’ai été contaminée. Je ne suis pas restée neutre devant ses apparitions télévisuelles de promotion livresque.

Et puis je me suis dis, cela suffit, je vais le lire ! Par principe, je ne suis pas partisane de critiquer sans connaitre, donc ici lire. Me voilà donc partie le quérir à la bibliothèque, persuadée de devoir lire un roman qui allait me donner du déplaisir. Et bien NON !

L’auteur parle d’un sujet tabou qui a peut être conduit à ce négativisme. Il est possible aussi que certains lecteurs aient été déçus après avoir lu Grandir…  ou ils n’ont pas apprécié tout simplement. Assez parlé des autres…

C’est mon premier livre de Sophie Fontanel et j’ai apprécié.
Le manque d’envie sexuelle est un sujet qu’il est difficile d’aborder sans jugement, sans y aller de sa petite expérience, de son point de vue, de son "moi-je". Elle nous explique comment après avoir décidé de faire un break au niveau sexuel, ayant besoin de se retrouver, cela a provoqué bien des critiques autour d’elle. D’un court chapitre à l’autre, nous découvrons les obstacles sexuels possibles de tout un chacun, les points de vue de son entourage sur sa décision, sur leur non-acceptation de son choix. Ne pas avoir de vie sexuelle renvoie-t-elle forcément à un trouble pathologique ? Doit-on obéir à la norme sociale ?

De nombreuses fois, j’aurai apprécié qu’elle aille plus loin, qu’elle creuse l’analyse de ce « roman » bien personnel. Ce livre est, en effet, à la fois un roman, un témoignage, ainsi qu’une porte ouverte sur de potentielles explications sur ce qu’est l’(ou la non-) expérience sexuelle.

L’envie, Sophie Fontanel, 2011, Robert Laffont, 161 p., ISBN 9782221126950

Isidore Tipperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines – Pierre Thiry

"Jamais plus je ne mangerai du chocolat noir pour tuer le temps."

3033428600_1_3_kuCZy1qWLa quatrième
A cette époque, Montceau-les-Mines était bien différent d’aujourd’hui.
— Oui, on sait déjà tout ça !!! répondrez-vous.
C’était la campagne, il n’y avait personne à part quelques lapins, il ne se passait rien du tout…
Ce n’est pas si simple, il se passait même bien des choses. Il y avait Arthur, Theobald et Justin, il y avait aussi la belle Ermelinde, il y avait encore… Isidore, il y avait enfin…
Mais je ne vais pas vous raconter toute l’histoire maintenant, il faut aussi ouvrir le livre et lire Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines alors vous apprendrez des choses qui vous étonneront peut-être. A cette époque, Montceau-les-Mines scintillait de poésie.

Verdict: A l’ouest rien de nouveau et La petite marchande de prose

Je tiens à remercier Pierre Thiry de m’avoir fait parvenir un exemplaire (dédicacé) de son dernier ouvrage afin de j’en prenne connaissance dans le but d’une chronique.

Alors… Et oui mon cœur balance entre un peu et beaucoup. Je l’ai lu et je l’ai testé sur des enfants de mon entourage.
Verdict : c’est un ouvrage original, il y a une ligne conductrice et quelques satellites intéressants (petites histoires sur les personnages, explications, jeux de mots, clins d’œil…).
Ce livre est une histoire assez recherchée donc pas accessible à tous. En effet, certains mots et noms sont difficilement compréhensibles pour les tous petits qui s’échappent alors de l’écoute de la lecture (4 ans). Pour les plus grands, ils ont envie de lire par eux-mêmes, (et oui, ils sont grands !!) et là c’est leur lecture qui butte sur les mots (Hermangarde, Théobald, Tipéranole, Tromblon…), rendant la fluidité de celle-ci plutôt visqueuse, ce qu’ils n’apprécient guère.

Pour une adulte comme moi, c’est une lecture agréable, mais un peu enfantine.
Je me suis demandée vers quel public était dirigé ce livre? Quel est l’âge ?
Pour les petits ne sachant pas lire (ou en cours d’acquisition),  l’histoire est un peu compliquée pour retenir leur attention. Pour les enfants lecteurs, la lecture est périlleuse, ils bloquent sur de nombreux mots (complexité ou manque de compréhension).

J’ai donc aimé l’histoire, l’intérêt que porte l’auteur à ne pas simplifier le vocabulaire de l’album, pour autant en voulant diversifier les approches (vocabulaire simple/soutenu, récit/poésie…) une gêne peut alors troubler le lecteur.

Concernant les illustrations de Myriam Saci, les petits ont aimé, les plus grands les ont trouvés « comme ce qu’on fait », pour ma part, je n’ai pas accroché. L’illustration, c’est très personnel, on apprécie ou pas. De mon coté, ce que j’aime dans un dessin c’est la finesse des traits, les bonnes proportions dans les personnages, la possibilité de pouvoir interpréter des mouvements. En somme, ce sont des dessins accessibles aux enfants mais qui me sont restés imperméables.

Isidore Tipperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines est donc un livre jeunesse où la lecture convient mieux aux adolescents ou adultes, les petits auront alors le plaisir d’écouter et la possibilité d’apprendre de nouvelles choses ; et où l’illustration convient parfaitement aux jeunes enfants par leur simplicité.

Isidore Tipperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines, Pierre Thiry (Illustrations Myriam Saci), BOD, 2011, 66 p., ISBN 9782810621811

L’homme qui voulait être heureux – Laurent Gounelle

"Ce n’est pas en écoutant quelqu’un parler que l’on évolue. C’est en agissant et en vivant des expériences."

"Vous savez, l’amour est la meilleure façon d’obtenir un changement chez l’autre ? si vous allez vers quelqu’un en lui reprochant ce qu’il a fait, vous le pousserez à camper sur sa position et à ne pas écouter vos arguments."

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Imaginez…Vous êtes en vacances à Bali et, peu de temps avant votre retour, vous consultez un vieux guérisseur.
Sans raison particulière, juste parce que sa grande réputation vous a donné envie de le rencontrer, au cas où… Son diagnostic est formel : vous êtes en bonne santé, mais vous n’êtes pas… heureux. Porteur d’une sagesse infinie, ce vieil homme semble vous connaître mieux que vous-même. L’éclairage très particulier qu’il apporte à votre vécu va vous entraîner dans l’aventure la plus captivante qui soit: celle de la découverte de soi.
Les expériences dans lesquelles il vous conduit vont bouleverser votre vie, en vous donnant les clés d’une existence à la hauteur de vos rêves. Avec L’homme qui voulait être heureux, c’est tout un monde de possibilités nouvelles qui s’ouvre à nous à la lecture de cette histoire passionnante, où l’on découvre comment se libérer de ce qui nous empêche d’être vraiment heureux.

Verdict: La petite marchande de prose

Oui, vous allez me dire ce n’est pas de la grande littérature, mais quand même, j’ai particulièrement accroché sur ce roman. Son style simple permet un transfert de nos propres ressentis sur cet homme qui à la fin de son voyage à Bali, rencontre un sage. Ce roman n’est rien d’autre que l’introspection de ce héros, allié à l’interaction avec ce vieux guérisseur. Il nous fait comprendre ce qui peut se jouer en nous, des choses simples et pourtant sans prendre le temps de faire le point nous tombons dans les pièges de nos croyances ! Car c’est bien nos croyances que l’auteur met à mal, pour notre plus grand bien. J’ai lu de nombreux livres sur le développement personnel, et la forme du roman est une méthode agréable d’apprendre aussi sur soi.
Si à la première lecture vous ne mettez pas de marques pour revenir sur ce qui a pu résonner en vous, vous voilà bon pour une relecture (par expérience ! ;) ), et ce livre devient alors un cahier d’exercices personnel.
Un livre à lire, à relire et à faire passer aux personnes que vous appréciez !!

L’homme qui voulait être heureux, Laurent Gounelle, Ed. Anne Carrière, 2009, 221 p., ISBN 9782843374708

Esteb – Entre deux mondes – Karine Carville

"Les images se succédaient, belles et intangibles, réminiscences comme toujours contrôlées par son esprit pourtant au repos. Rien ne pouvait le détourner de la scène qu’il se plaisait à revivre, ni le soleil déclinant qui nimbait les majestueux ifs d’une parure mordorée, ni la voix du père de Michèle qui appelait au loin. L’astre lumineux n’était là que pour vibrer au cœur de la chevelure rousse de sa compagne, la voix paternelle pour leur rappeler que la nuit qui s’annonçait serait bientôt pour eux seuls…"

 Essai_couv17_V10La quatrième
Le commissaire Gérard Somme résout brillamment ses enquêtes grâce à un instinct qui ne lui a jamais fait défaut. Pourtant, cette fois-ci, il ne parvient pas à cerner le profil des braqueurs qui s’en prennent aux bijouteries de la région parisienne. Ils sont trop rapides, trop performants, trop malins. La brigade est sur les dents et l’arrivée d’un nouveau tout droit parachuté « d’en haut » n’arrange rien.

Qui est cet Esteb qui ne quitte jamais ses lunettes noires ?
Pourquoi semble-t-il toujours avoir un coup d’avance sur les lieutenants de Somme ?
Quel lien étrange l’unit à Sarah, jeune journaliste téméraire et belle-sœur du commissaire ?
Et si les braquages n’étaient que l’arbre qui cache la forêt ?"

Verdict: La petite marchande de prose

Je tiens à remercier Karine Carville pour sa confiance dans nos avis émis sur ce blog. En effet, elle nous a gentiment proposé de lire et d’émettre une critique de son dernier livre (sortie prévue en novembre 2011). Je suis la première à jouer le jeu mais mes deux acolytes ne vont pas tarder.

Alors qu’en ai-je pensé ? Une fois que j’ai imprimé cette version pdf offerte cela allait beaucoup mieux, c’est un détail technique, mais j’ai eu du mal au début de ma lecture, non pas par le style d’écriture mais de mode de lecture. Je pense que je ne suis pas prête à passer au numérique !

Alors… j’ai été surprise, je ne m’attendais pas à ce type de lecture, c’est d’ailleurs la première fois que je m’essaye à ce genre. C’est un mélange de recherche policière, de compréhension de la différence, de sentiment amoureux, de rapports de force et… je ne peux en dire plus sans tout révéler.
J’ai apprécié le surprenant passage de la voix du narrateur de personnages en personnages, nous amenant petit à petit aux principaux héros. L’histoire est agréable, j’ai découvert un univers dont je n’ai pas d’appétence particulière, (je ne peux donc juger de l’authenticité des informations si tant est qu’il y en ait une), j’ai pour autant pris plaisir à en savoir davantage, sans que Karine Carville n’aille dans l’excès non plus.
L’auteure a fait un réel travail sur la psychologie des personnages qui m’a donné envie d’en apprendre toujours plus. J’ai lu ces 330 pages sans ennui, j’avais des craintes quant à la fin du roman, et bien non, aucune platitude !

Pour en savoir plus (clic), il ne vous reste plus qu’à faire une commande (clic)

Esteb – Entre deux mondes, Karine Carville, Mots et cris, 2011, 330 p.,  ISBN : 978-2-9540109-0-8

Un homme à distance – Katherine Pancol

"Quand j’étais petite, on m’appelait "la princesse au petit pois" … Un rien me faisait monter l’eau aux cils et bloquait les mots dans ma gorge !"

"Quatre vingt huit pages et demie d’enchantement, de délices, de sensualité, de sauvagerie, d’amour monstrueux béni des dieux, de cruauté banale, de fait divers si quotidien…
Un bijou, je vous dis, un bijou !
Un de ces livres qui vous marquent au fer rouge et dont on ne se relève jamais ! Qui vous réveillent la nuit pour en goûter encore un petit peu ! Qui vous collent à la peau et vous accompagnent partout comme des fantômes affectueux !"

 Un_homme_a_distance_PancolLa quatrième
Ceci est l’histoire de Kay Bartholdi.
Un jour, Kay est entrée dans mon restaurant. Un roman par lettres comme on en écrivait au XVIIIe siècle. Il raconte la liaison épistolaire de Kay Bartholdi, libraire à Fécamp, et d’un inconnu qui lui écrit pour commander des livres. Au fil des lettres, le ton devient moins officiel, plus inquisiteur, plus tendre aussi.
Kay et Jonathan parlent de leurs lectures, certes, mais entament un vrai dialogue amoureux. Ils se font des scènes, ils se font des confidences, ils se tendent des pièges, s’engagent dans une relation que Kay, hantée par le souvenir d’une déchirure ancienne, s’efforce de repousser. Mais qui pourrait prédire vers quelle révélation l’emmène ce nouveau lien noué à travers des livres dont chacun des correspondants se sert comme de masques pour cacher ses vrais sentiments ?

Verdict: La petite marchande de prose

Voilà un petit livre bien plaisant, mon premier Pancol. Un recueil de lettres que Kay Bartholdi et Jonathan Shields s’échangent durant plus d’une année. Jonathan, un américain séjournant en France afin d’élaborer un guide touristique en profite pour parfaire sa collection d’ouvrages anciens. Dans cet entreprise, il demande à Kay de lui faire parvenir ses trouvailles de manière régulière dans les hôtels où il séjourne durant son périple. Pour Kay, Jonathan est au départ un parfait inconnu. Un lien tendre et séducteur va bientôt se nouer entre eux. C’est dans une sorte de cache-cache qu’ils évoqueront leurs lectures, leurs joies, leurs peines et autres ressentis… Petit à petit, nous apprendrons ce qui relie réellement ces deux personnages, la surprise est de taille, et tristement vous refermerez ce livre en comprenant que certains événements vous marquent de manière indélébile.

Katherine Pancol, Un homme à distance, Le livre de poche, 2002, 153 p, ISBN 9782253066941

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Luis Sepùlveda

"Il passa toute la saison des pluies à ruminer sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégé par la bête nommée solitude. Une bête rusée. Guettant le moindre moment d’inattention pour s’approprier sa voix et le condamner à d’interminables conférences sans auditoire."

 La quatrième
Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme quitte ses romans d’amour – seule échappatoire à la barbarie des hommes – pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse…

Verdict: La petite marchande de prose

Comme à mon habitude, je choisis souvent les livres sans regarder la quatrième de couverture, j’ai donc été surprise par le sujet ! Nous voilà transporté en Amérique latine auprès de personnages forts en caractère dont Antonio José Bolivar. Il aime lire les livres d’amour, l’amour qui fait souffrir. Mais pas seulement : c’est aussi un témoignage, il raconte sa vie, ses essais, ses erreurs, la perte de sa femme, son passé de chasseur qui l’a amené auprès d’une tribu indigène, les shuars. Ceux-ci lui apprennent comment vivre auprès des animaux, de la nature tout en la respectant. Pourquoi tuer si nous mangeons pas l’animal ? si nous n’avons pas besoin de sa peau ? voilà un discours bien éloigné de nos sociétés où la production mène la danse. J’ai particulièrement apprécié le face à face avec la panthère, un élégant combat où l’un et l’autre se rencontre, se reconnait et se respecte. C’est un roman plein de sagesse.

Une lecture surprenante, peu commune, délicieuse.

Deuxième livre du Challenge Le nez dans les livres de George.

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepùlveda, Points, 1992, 121 p, ISBN 9782020239301